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Présidentielle: « S’il y a un second tour, je ne donnerai pas de consigne de vote… » (Claude Tassembedo)


Dans le cadre des élections 2020 une équipe de www.minute.bf a tendu son micro à un candidat particulier. Dr Claude Aimé Tassembédo puisque c’est de lui qu’il s’agit est le seul candidat indépendant à l’élection présidentielle du 22 novembre 2020 au Burkina. Qui est l’homme, quelles sont ses forces et ses faiblesses dans cette compétition pour le trône de Kosyam. Eléments de réponse dans cet entretien…

Minute.bf: Qu’est-ce qui a envoyé Dr Claude Aimé Tassembedo en politique ?

Dr Tassembédo: Pour moi, la politique, c’est la forme supérieure de la charité et c’est mon intime conviction. C’est ainsi que je conçois la politique. Malheureusement ceux qui font la politique actuellement ont fait en sorte qu’il y a une rupture entre les citoyens et la politique. Si bien qu’on a l’impression que la politique est un monde à part qui appartient à une certaine catégorie de personnes. D’ailleurs, pour la petite histoire, je n’ai pas eu une seule personne de mon entourage qui a voulu que je me lance en politique. Ils estiment tous que j’aurais mieux fait de rester dans mon confort au lieu de m’y engager. En effet, par ma position d’universitaire et de responsable de cabinet, je vis directement la réalité du chômage des jeunes. J’ai enseigné des étudiants il y a 10 ans mais ils sont toujours là sans emploi. Véritablement j’en avais sur la conscience. Pour un éducateur, on trouve difficilement sommeil quand c’est ainsi. De plus, comme je vous l’ai dit, je suis promoteur d’une association et par ce biais j’ai distribué à travers les 13 régions du Burkina, plus de 70 millions de vivres. Je vous assure que j’ai vu la misère des gens alors que ce pays a plein de potentiel. Que ce soit sur le plan minier, énergétique que humain, je puis vous assurer que ce pays a du potentiel.

Ces facteurs conjugués ont suscité en moi une révolte et un peu consciencieusement je me suis dit que ce pays a besoin de tous ses fils et de toutes ses filles surtout à un niveau d’exercice du pouvoir, pour pouvoir changer structurellement les choses. C’est ainsi que je me suis dit qu’il faut passer le rubicon. En effet, Norbert Zongo le disait, il n’y a pas d’avenir pour quelqu’un qui est dans un pays sans avenir. Et donc, c’est mieux qu’on sauve notre pays pour y avoir un avenir. Voilà essentiellement ce qui m’a fait passer le rubicon. Sinon, je m’étais toujours dit, jamais ce milieu là.

Vous l’avez remarqué, j’ai déposé ma candidature pour la présidentielle uniquement. Je ne suis ni aux législatives, ni aux municipales parce que ce n’est pas l’amour du pouvoir en réalité qui m’intéresse, c’est le pouvoir pour l’amour. C’est-à-dire le pouvoir pour essayer d’être utile aux autres.
Aussi, je me suis dit que c’est à la présidence qu’on peut réellement influencer, raison pour laquelle je me suis présenté en tant que candidat.

De plus, j’ai préféré me présenter comme candidat indépendant spécifiquement parce qu’en faisant une analyse profonde des partis, je me suis rendu compte qu’en réalité ce qui intéresse les gens ce sont les postes, l’ascension de leur parti au pouvoir. Ainsi, si vous êtes fait président, vous êtes pris en otage par des gens qui ont calculé autour de vous et avec un tel boulet au pied vous ne pouvez pas finalement agir sur la destiné du pays comme vous voudrez bien le faire. C’est ce qui m’a motivé à me présenter comme candidat indépendant.

Minute.bf: Au regard de la cartographie politique en place, quelles sont selon vous vos chances d’évincer vos adversaires?

Dr Tassembédo: Moi je suis un combattant et quand on va au combat, on affûte ses armes. Effectivement, quand on n’a pas d’ambition ni de vision, on calcule, on est opportuniste, on se dit quelle est la chance que j’ai, on se dit que si je ne m’allie pas avec tel ou tel parti je ne peux y arriver vite. Moi, je trouve que ce sont des projets intéressés. Vous savez, le REN-LAC fait noter que depuis 2016, la corruption s’est renforcée de façon galopante alors que je fais partie de ceux qui sont descendus dans l’arène et qui ont occasionné le départ précipité de l’ancien chef-d’État à l’extérieur. Cette insurrection nous a fait espérer que plus rien ne sera comme avant. Vous conviendrez avec moi qu’aujourd’hui ça sonne tellement faux dans la conscience des gens que, pour quelqu’un qui a eu la chance d’étudier comme moi, de passer au Prytanée militaire comme moi, de vivre la misère des gens à travers les associations comme moi, j’ai suffisamment de gabarit pour comprendre que si les choses se passent comme elles devraient se passer, tout le monde a sa chance pour ces élections. Et la mienne, je l’ai entre mes mains.

C’est lorsque vous ne vous faites pas confiance que vous n’entreprenez pas de combat. La réalité est qu’il y a une déception générale. Mais il y a toujours un réservoir politique dont je vous assure que l’on peut prendre. Il y a des places à prendre dans cette sphère politique.

Seulement, je conviens qu’il faut conjuguer cela avec un autre facteur qui est que, face à la misère, souvent les Hommes ne sont pas forcément responsables de leur choix de vote. Mais, si j’arrive à avoir ces personnes pour discuter, je peux arriver à faire comprendre à certaines personnes, à une certaine frange de l’électorat que cette situation demeurera aussi longtemps, tant qu’ils ne prendront pas la responsabilité de se sacrifier une fois au moins comme je le fais. C’est un peu ce crédo que j’emprunte avec la certitude que j’ai des chances.

Vous l’avez vu, il y a l’exemple tunisien parce que, quand le peuple n’en veut plus, il n’en veut plus et je conjugue avec ce facteur là. Pour ces élections, ça peut bien se passer pour moi comme ça peut mal se passer. Dans tous les cas, je gagne ou je gagne, comme Nelson Mandela l’a dit.

Minute.bf: Pensez-vous que votre projet de société est bien vendu par rapport aux autres partis?

Dr Tassembédo : Effectivement vous avez raison, les partis politiques auxquels vous faites allusion ont de grosses machines qui tournent et font leur marketing électoral, mais moi je suis moderne et je sais qu’on peut être surplace et avoir toutes les chances de toucher des milieux reculés, exactement comme eux ils le font. Il suffit de construire une machine virtuelle qui est capable de compenser cette faiblesse qui est certainement la mienne et je reconnais que cette machine virtuelle c’est les réseaux sociaux. Et c’est ce que nous allons faire. L’essentiel n’est pas de ne pas avoir une faiblesse mais c’est d’en avoir conscience et de voir comment palier cette faiblesse pour atteindre vos objectifs. J’ai vu que le fait de ne pas avoir une machine électorale comme un parti politique est effectivement une limite objective.

Pour la petite histoire, lors de mon passage à Bobo-Dioulasso, j’ai vu des mobylettes toutes neuves garées devant un centre de campagne MPP et des femmes passaient en prendre en guise de cadeaux pour courir faire ce qu’elles doivent faire. Voilà comment la mécanique politique tourne au Burkina et naturellement, si tu viens avec tes belles paroles on peut clairement ne pas t’écouter mais au moins l’impact que ça donnera pourra faire réfléchir. C’est le plus important. Toujours est-il que je peux avoir la chance comme les autres l’ont avec leurs machines. Je vais essayer d’utiliser les réseaux sociaux comme je peux, à ma façon pour toucher le maximum de personnes.

Minute.bf: De votre analyse, est-ce que ces élections présagent d’un second tour à la présidentielle? Si oui, vous qui n’avez aucune accointance avec les partis politiques, quelle sera votre posture? Allez-vous vous rallier ou soutenir un parti politique?

Dr Tassembédo: Je pense qu’il y aura un second tour. Véritablement j’y crois au vu de la configuration politique. Cependant, je suis un candidat indépendant. Ce mot indépendant a été entre autre un contenu qui m’a motivé a me présenter parce qu’on peut se présenter en indépendant. Si jamais il n’y avait pas cette tournure, je n’aurai jamais été candidat. Je serais resté avec mon association en train de galvauder et voir ce que je peux faire. Aussi, s’il y a un second tour, je ne donnerai pas de consigne de vote pour tous ceux qui m’auront voté. Je leur laisserai la liberté et l’indépendance de choisir en fonction de leur conscience. Je ne choisirai pas de parti, parce qu’autant j’accuse le pouvoir en place d’être responsable de la dégénérescence économique sociale et sécuritaire, autant j’accuse l’opposition de n’avoir pas eu la force de les combattre et d’avoir été une opposition complice qui attend cinq ans pour venir au pouvoir alors qu’il pouvait les combattre convenablement.

Quand aux non alignés pour moi cela ne veut pas dire grand chose parce que beaucoup parmis eux ont servi soit l’opposition soit la majorité et ils se retrouvent subitement non alignés. Je trouve que cela n’a pas de pertinence et ce n’est d’ailleurs pas mon modèle politique. Raison pour laquelle j’ai préféré être indépendant. En cas de second tour, moi même je mettrai un bulletin blanc parce que je pense exactement comme Malcom X qui dit que « le bulletin de vote est comme une cartouche, si tu la donne à quelqu’un, la personne peut l’utiliser pour t’assassiner, si tu ne lui en donne pas, la personne n’a pas les moyens de le faire et tu peux en prendre pour l’utiliser convenablement pour ton bien-être ».

En définitive, je ne donne pas de cartouche à quelqu’un, je ne vais pas promouvoir quelqu’un. Et d’ailleurs je disais à l’époque de l’insurection à mes étudiants quand on était dans les rues que ces gens n’étaient pas à voter quand bien même on disait qu’ils avaient de l’expérience et qu’il faille les voter. Je leur avait dit qu’on fait pas du neuf avec du vieux. C’est dans ce sens que je n’ai pas donné ma voix à quelqu’un à l’élection présidentielle de 2015. Par contre j’avais voté aux législatives et j’avais donné ma voix à l’UPC en son temps parce que je voulais une opposition solide pour essayer de contrer ces personnes en qui je ne croyais pas du tout. Je pense en toute sincérité que ce sont les médiocres qui quittent la barque quand elle coule. Les personnes compétentes restent dans la barque lorsqu’elle coule. Ces gens là devraient rester au CDP et assumer leur actes. C’est de la lâcheté quand on contourne toujours. Ils ne peuvent pas faire mieux que les personnes avec qui ils étaient avant.

Propos recueillis par Hamadou Ouédraogo

Pour Minute. bf

Source : Minute.bf

Faso24

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