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Présidentielle 2020 au Burkina : Sept candidats à l’épreuve de la sécurité et de la réconciliation nationale

Le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), de concert avec l’organisation non-gouvernementale Diakonia et la télévision privée BF1, a confronté l’offre des candidats en matière de sécurité et de réconciliation nationale, deux attentes partagées par les Burkinabè. L’exercice, qui s’est déroulé le dimanche, 15 novembre 2020, a enregistré la présence effective de sept des treize présidentiables.

Au démarrage de l’émission autour de 21h30, seuls les candidats Tahirou Barry du MCR, Ambroise Farama de l’OPA-BF, Yéli Monique Kam du MRB, Gilbert Noël Ouédraogo de l’ADF/RDA et Do Pascal Sessouma du Burkina-vision pacifiste. Ils sont rejoints quelques temps après par Eddie Komboïgo du CDP et Claude Aimé Tassembédo, candidat indépendant. Pour cette table-ronde, les organisateurs l’ont voulue un face-à-face candidats-électorat. En clair, aucun ne devra se faire représenter.

Les règles de jeu sont rappelées par le journaliste-présentateur de BF1, Hervé Dapa, qui a campé le décor en confiant au passage que sur l’ensemble des invitations adressées, neuf candidats ont répondu favorablement.

Puis, place au modérateur, Pr Serge Théophile Balima, membre du Conseil d’administration du CGD, d’également tabler sur l’enjeu de la table-ronde.

Pour le déroulement à proprement dit, chaque candidat a eu droit à dix minutes pour aborder ces deux thèmes, soient cinq par thème. Pas d’inter-activité entre les candidats, chacun se contente de présenter son offre et de soutenir la pertinence de celle-ci.

Les candidats passent par ordre alphabétique. Donnant le ton, et sur le premier volet, la sécurité, Tahirou Barry affirme dès l’entame que la question sécuritaire a été une plaie mal soignée, si fait qu’elle s’est gangrenée. Problème posé, il se convainc qu’on ne peut déléguer la sécurité à une tierce personne. « Ce n’est pas de l’extérieur que les solutions vont être inspirées », avance le candidat. Comme solution, il se propose, s’il accédait au pouvoir, « d’articuler » moyens sécuritaires affectés aux Forces de défense et de sécurité et actions de développement affectées aux « zones abandonnées par l’Etat depuis longtemps ».

Pour avoir mal posé le diagnostic, la thérapie ne pouvait pas soigner, pose Ambroise Farama, candidat de l’OPA-BF. Pour celui-ci, c’est l’impérialisme qui entretient le terrorisme (ce sont des puissances occidentales qui vendent les armes aux terroristes). C’est pourquoi pense-t-il que faire appel aux puissances impérialistes pour venir en aide ne peut être la solution. D’où la pertinence d’une organisation par les Burkinabè eux-mêmes. De son avis, il faut doter les Forces de défense et de sécurité de moyens adéquats et renforcer les renseignements généraux. S’il se réserve de dire si oui ou non il faut négocier, l’avocat est cependant persuadé que tout conflit se termine autour d’une table.

Yéli Monique Kam, seule femme en course pour cette présidentielle, a abordé la question sous le prisme maternel. « A chaque fois qu’un soldat tombe, c’est une mère qui est inconsolable », présente-t-elle. C’est dans ce sentiment qu’elle envisage, dans son projet de société, une Chambre de 130 sages composés d’autorités coutumières et religieuses et des anciens Chefs d’État. Elle aura pour mission, la quête de la paix et de la cohésion sociale. Il faut négocier la paix, combatte l’ignorance et œuvrer pour la justice sociale et le développement partagé, propose Yéli Monique Kam.

Le candidat du CDP, Eddie Komboïgo, lui, pense qu’il faut reconstruire l’armée, renforcer les renseignements généraux pour éviter de faire dans la réaction et mettre en place une « diplomatie active » qui s’appuie également sur l’expérience des autres pays en matière de lutte contre le terrorisme. Le maître-mot, c’est chercher à comprendre les motivations des terroristes et, partant, négocier s’il le faut.


Me Gilbert Noël Ouédraogo promet de rapidement recouvrer l’intégrité du territoire national, reloger les déplacés dans leur village d’origine, doter les Forces de défense et de sécurité de moyens conséquents, actionner les leviers diplomatique et économique. « Il faut négocier, tout en gardant en tête qu’on ne doit céder aucune portion du territoire national », se résume en substance Me Ouédraogo.

Le journaliste Do Pascal Sessouma relève que la question sécuritaire va au-delà de l’aspect militaire. « Ce n’est pas par des bombes qu’on va convaincre une idéologie », argue-t-il. Selon le présidentiable, que tout le monde négocie et c’est pourquoi, une fois au pouvoir, il compte se donner les moyens d’identifier ceux qui attaquent le pays et passer à la négociation. D’ailleurs se donne-t-il 18 mois pour finir avec le terrorisme ou démissionner.

Claude Aimé Tassembédo, quant à lui, se propose également de reconstruire l’armée. Selon le candidat, la logique voudrait également qu’il ne faut pas négocier en position de faiblesse. « Sinon, c’est la capitulation », qualifie M. Tassembédo. C’est pourquoi, il préconise de conjuguer les efforts militaires avec ceux socio-économiques. Tout cela, après un diagnostic avec la hiérarchie militaire. « Ça me paraît plus responsable », se réserve Claude Aimé Tassembédo.

De la réconciliation nationale

Sur la deuxième partie, à savoir la réconciliation nationale, les candidats ont, par le même ordre de passage, exposé leur vision de la réconciliation nationale. Tahirou Barry du MCR pense que la réconciliation nationale ne se décrète pas, il y a des préalables à savoir, la vérité et la justice. Il tient cependant que la justice classique peut être associée à celle transitionnelle.

« Elle ne doit pas être seulement politique, il faut associer les victimes de toutes les violences », avise Me Ambroise Farama, excluant dans sa démarche, l’amnistie (qui serait une forme d’impunité) pour préférer, peut-être, la grâce présidentielle (qui intervient après jugement).

Pour Yéli Monique Kam, les attaques répétées, les déplacés internes, les conflits communautaires… ont fini par convaincre qu’il y a problème au Burkina Faso. « La mère a besoin de tous ses fils » », dit-elle. La Chambre de sages ci-haut évoquée pourrait également jouer ce rôle. La réconciliation nationale est, de son avis, une priorité pour construire le pays.

Eddie Komboïgo, qui plaide depuis 2016 pour la réconciliation nationale, a réitéré son plaidoyer, qu’il focalise sur quatre éléments : vérité-justice-réparation-réconciliation.

C’est aussi la dynamique chez Gilbert Noël Ouédraogo depuis la fin de la transition. Il ne désigne pas de modèle préétabli, il faut la faire en fonction de ses réalités, appuie-t-il.

Do Pascal Sessouma, lui, compte faire du dédommagement des familles des victimes, un des leviers importants pour aller à cet idéal. Il compte également tendre la main aux exilés, notamment à l’ancien président du Faso, Blaise Compaoré.

Claude Aimé Tassembédo pose la préoccupation en termes de responsabilité ; à chaque fois qu’un dirigeant/responsable doit poser un acte, il doit bien réfléchir sur les conséquences. C’est dans cet esprit qu’il dénonce ce qu’il qualifie de « comédie politique », le fait pour Roch Kaboré d’avoir dans un premier temps négliger la main tendue de l’ancien président Blaise Compaoré pour revenir ensuite dire qu’une fois réélu, il travaillera dès le premier semestre pour aménager les conditions de son retour dans la perspective de la réconciliation nationale.

« C’est une comédie politique qui n’arrange pas le pays », mâte l’enseignant, déplorant qu’un chef d’État ne puisse pas surmonter l’orgueil face à des questions aussi importantes. Une attitude qui l’inspire l’adoption d’une loi pour congédier certaines personnes de la scène, car pense-t-il que ce sont elles le problème.

O.L

Lefaso.net

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