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Réconciliation nationale : « Tout le monde y trouvera son compte », se convainc le journaliste Lookmann Sawadogo

Lookmann Sawadogo est de ceux qui ont prôné la réconciliation nationale. Deux années durant, il n’a cessé de s’y investir. La création d’un comité nommé « Appel de Manéga », regroupant sages, anciens, autorités culturelles et religieuses, a été le tournant décisif. Le temps semble lui avoir donné raison. Le président du Faso a pris la mesure de la chose et a créé un ministère en charge de la réconciliation nationale. Quelle est son appréciation sur la création d’un ministère en charge de cette problématique ? Zéphirin Diabré est-il la personne indiquée pour conduire cette réconciliation ? Ce sont là quelques questions auxquelles le « chantre » de la réconciliation a acceptées répondre lors de cette interview.

Lefaso.net : Quelle appréciation faites-vous du nouveau gouvernement Christophe Dabiré II ?

Lookmann Sawadogo : Je ne porterais pas de jugement sur un gouvernement. Il serait difficile de juger une équipe qui n’a pas encore pris fonction. Ce que je peux faire, c’est de donner une appréciation à partir des hommes, des compétences en face et de sa composition. D’ores et déjà, je peux dire que c’est un gouvernement équilibré du point de vue du genre.

On a au moins 9 femmes qui ne sont pas loin du pourcentage des 30%. On a également un nombre important de jeunes. Une forte responsabilité politique se dégage dans le gouvernement liée au fait que le parti au pouvoir, qui a obtenu le suffrage auprès des citoyens, dispose de près de 15 ministères. Cela va augmenter la responsabilité politique de ce parti et forcement déteindre sur leur façon de travailler.

Autre chose, les personnalités présentent dans ce gouvernement reflètent beaucoup de compétences qui peuvent positivement impacter le fonctionnement de cette équipe et les résultats de leurs missions. Pour terminer, de façon globale, c’est un gouvernement équilibré. S’il a su mettre en œuvre ses capacités et ses compétences individuelles, il pourrait atteindre ses objectifs. Autrement dit, ce n’est pas gagné d’avance parce qu’il y a x ou y mais il faut que les uns et les autres se mettent au service du peuple.


Le président du Faso semble avoir pris la mesure de la portée de la réconciliation nationale en créant un ministère pour traiter de la question. Quelle appréciation faites-vous d’une telle démarche ?

Pour ma part, il y a pratiquement deux années, on a engagé une initiative parce qu’on a perçu la nécessité de la réconciliation nationale. Il faut que les Burkinabè se parlent, dialoguent. Certains blocages sont liés à des incompréhensions et à des contradictions politiques. En tant qu’acteur de la société civile, ainsi que d’autres groupes, on a fait une campagne, un processus en adressant des appels, des correspondances au président. Des personnalités, des anciens, des hommes de cultures comme Me Pacéré Titinga, Béatrice Damiba, Mgr Anselme Sanon, l’Emir du Liptako, etc., se sont alliés à notre cause.

Dieu merci, avec la création de ce ministère, nous nous rendons compte que le président a mis cela dans les priorités de l’Etat. C’est une marque de satisfaction pour nous en tant qu’avant-gardiste et chantre de la réconciliation. C’est aussi une chance pour le Burkina que la réconciliation soit mise à ce niveau de l’Etat. On ne peut qu’attendre le déroulement concret mais on est à mis chemin sur la réalisation.

Zéphirin Diabré, désormais ancien chef de file de l’opposition politique, est celui qui a été choisi par le président du Faso pour réconcilier les Burkinabè. Trouvez-vous que c’est la personne la mieux indiquée ?

« Il n’y a pas de personne la mieux indiquée à priori. Mais plutôt des gens qui ont des capacités, des atouts. Zéphirin Diabré a des atouts. Au niveau politique, souvenez vous qu’en 2014 quand les fondateurs du MPP ont quitté le navire du CDP, il a accepté les recevoir au CFOP. Après l’insurrection, il a été un des grands acteurs pour aller vers le changement. C’est encore lui qui a accepté les déchus de 2014 au CFOP. Vous avez donc là, quelqu’un qui a fait preuve d’un dépassement de soi, d’ouverture d’esprit et d’une certaine souplesse.

Tout cela fait de lui, quelqu’un qui connait les parties prenantes de la question de la réconciliation. Il a une bonne connaissance du milieu politique national si bien qu’il peut réussir sa mission. Le deuxième élément c’est que M. Diabré, dans son programme de campagne, a dit qu’il mettrait en place un gouvernement de réconciliation nationale s’il était élu. En plus de ces capacités intrinsèques, c’est aussi une personnalité qui a du mérite aussi bien au plan national qu’international. Sa nomination à ce poste est donc la bienvenue.


Quels devraient être ses premiers chantiers selon vous ?

La réconciliation est en lui-même son premier et le dernier chantier. Peut-être les premières étapes du chantier seraient de rencontrer et écouter les acteurs pour avoir un aperçu de la situation qu’il connait sans doute et ensuite dérouler sa feuille de route. Le regard que les gens ont et la confiance qu’ils auront en lui, est différend de ce qu’il était, il y a peut être 6 mois parce qu’il est aujourd’hui dans le rôle de l’exécutif. Les gens seront plus aptes à faire certaines critiques.

Vous avez rencontré M. Diabré au lendemain de sa nomination. De quoi avez-vous parlé ?

Nous avons toujours pensé qu’il jouerait un rôle important dans la réconciliation. Dès qu’il a été nommé à ce poste, nous avons jugé nécessaire de nous présenter à lui pour lui exprimer toute notre satisfaction et lui apporter notre soutien. En retour, il a dit qu’il comptait sur nous dans la mesure où l’appel de Manéga est une institution non formelle qui a fait un ensemble de travaux qui existe, qui a fait le terrain et qui pourrait lui apporter de la matière et de la ressource pour ce qui concerne la réconciliation.


Vous avez plusieurs fois laissé entendre que la réconciliation n’est pas que politique. Quelles autres réconciliations sous entendez-vous ?

Quand on dit que la réconciliation n’est pas que politique, c’est pour dire simplement qu’il faut faire la part entre ce qui est interpersonnelle. Cela est lié à des contradictions ou des différends politiques qu’on peut résoudre. Parce qu’il y a eu des différends politiques et des rancœurs après l’insurrection qu’on doit considérer et traiter.

Mais il y a d’autres dimensions. Si vous prenez la société burkinabè dans son ensemble, est-ce qu’elle ne connait pas d’autres contradictions, d’autres difficultés liées aux communautés entre elles. Là se sont des questions sociologiques, communautaires qui sont une autre variante de la réconciliation. L’autre variante est culturelle et historique. Quel est notre degré de rapport en tant que Nation, avec le passé ou avec nos valeurs culturelles. Qu’est-ce qu’on fait de l’institution des chefs traditionnels ?

Quelle est leur place dans la société moderne ? On ne peut pas construire un Etat fort sans penser à son histoire, sans regarder les faits de son histoire car c’est elle qui perpétue la culture. Quand on parle de réconciliation, tout de suite, les gens pensent que c’est pour réconcilier le CDP, le MPP, les anciens et les nouveaux pouvoirs entre eux, etc. Si vous enlevez cet aspect, et la Nation ? Tout le monde trouvera son compte dans la réconciliation. C’est d’ailleurs ce que j’ai démontré dans mon livre.

Avez-vous l’assurance que les sages qui ont adhéré au comité de l’Appel de Manéga seront disponibles à accompagner le nouveau ministre pour l’atteinte des objectifs ?

Je pense qu’ils vont s’exprimer bientôt. Ce que je peux dire, c’est que tout ce que nous faisons va en droite ligne des objectifs de l’Appel de Manéga en général et correspond à nos attentes. La création de ce ministère en dehors de toutes considérations, est un fait qui est apprécié et qui tombe dans la vision de tous ceux qui sont aujourd’hui membres de l’Appel de Manéga.

Interview realisée par Obissa Juste MIEN

Lefaso.net

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