Politique

Burkina : « On se demande si on a un État. S’il y en a un, c’est qu’il y a plusieurs États », s’inquiète Eddie Komboïgo

Pour sa première sortie médiatique depuis son installation officielle en qualité de Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF), Eddie Komboïgo n’a pas masqué ses mots dans son diagnostic de la situation. Situation sécuritaire, front social, reformes au niveau de l’éducation et gouvernance économique ont été les sujets abordés au cours de cette première conférence de presse, ce mardi 4 mai 2021 au siège de l’institution sis au quartier zone du bois, Ouagadougou.

C’est donc une sortie sur fond de procès des cent premiers jours du président réélu qui s’est donné à vivre à travers le regard sur la situation nationale. Et le verdict est sans appel pour un président du Faso, Roch Kaboré, qui se voit territorialement contraint par l’effet des mouvements terroristes, alors qu’il a juré sur la Constitution de « préserver l’intégrité » du territoire national.

Au plan politique donc, le Chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF) note que malgré la mise en place d’un nouveau gouvernement, le 10 janvier 2021, le front sécuritaire ne cesse de s’enliser, avec une absence de réformes politiques substantielles. Eddie Komboïgo, principal intervenant à la conférence de presse, déplore les nombreux morts qui continuent d’être enregistrés et l’occupation du territoire national par des hommes armés non identifiés « qui imposent leur mode de vie et de gouvernance au mépris d’un Etat de droit ». Prenant pour illustration ces vidéos qui circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, montrant des présumés terroristes échangeant avec des populations, Eddie Komboïgo finit par se convaincre que cette guerre dite asymétrique est « devenue vulgaire » au Burkina.

« L’État ne communique même plus là-dessus. Je vous dis qu’on n’en parlait plus, pour donner l’impression qu’il y avait une certaine accalmie des attaques terroristes. Il n’y a jamais eu d’accalmie. (…). On se demande si on a un État dans ce pays. S’il y en a un, c’est qu’il y a plusieurs États ; puisque ces terroristes se donnent le droit d’aller dans des localités et faire des assemblées générales comme des partis politiques. Pis, ils imposent leur mode de gouvernance au Burkina », soulève-t-il, en réaction aux questions de journalistes.

Sur le plan de la gouvernance économique, Eddie Komboïgo et ses co-conférenciers disent constater que le Plan national de développement économique et social (PNDES) est à terme avec le premier mandat du président Kaboré et que le nouveau référentiel de développement est toujours en cours d’élaboration.« Pendant ce temps, le gouvernement navigue à vue. Ce qui entraîne une recrudescence de la mal-gouvernance, notamment le bradage des marchés et la montée de la corruption. D’ailleurs, le diagnostic entrepris par le ministre de la santé le Pr Charlemagne Ouédraogo dans les établissements sanitaires du pays laisse entrevoir des CHUR (Centres hospitaliers universitaires régionaux, ndlr) sous équipés, des chantiers mal exécutés ou des infrastructures inachevées alors que les marchés afférents ont été passés à des coûts de milliards de FCFA », brandit le CFOP-BF.

Eddie Komboïgo, avec à sa droite, le président de l’Autre Burkina/PSR, (parti pour le socialisme et la Refondation), Dr Alain Zoubga et le premier responsable du mouvement Agir ensemble pour le Burkina Faso, Boubacar Diallo.

Une « dégradation continue » du climat des affaires, entraînant la fermeture des entreprises, des unités industrielles et, partant, l’augmentation du nombre de chômeurs. « L’on est à même de se demander où sont passés les milliards F CFA débloqués pour soutenir les entreprises en difficultés liées à la pandémie du Covid-19 », exhument les conférenciers.

L’opposition dit constater que le front social également se radicalise de plus en plus. « Mal entreprises, les reformes dans le secteur de l’éducation menacent la bonne tenue de l’année scolaire. Depuis plus d’une semaine, des milliers d’élèves sont dans la rue sur le territoire national. Aucune issue pour sauver une fois de plus l’école burkinabé n’est perceptible à l’horizon », observe Eddie Komboïgo, ajoutant à la liste, les « grèves justifiées » des braves travailleurs.

A l’en croire, et comme pour prétexter de cette situation nationale sus-décrite, l’opposition politique burkinabé, consciente de son rôle républicain, entend « jouer pleinement » sa partition pour aider à juguler les problèmes de gouvernances auxquels est confronté le pays. « C’est dans cette dynamique qu’une rencontre a réuni le CFOP-BF et le ministre d’Etat chargé de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale. A cette occasion, les partis membres du CFOP-BF ont réaffirmé leur volonté et leur disponibilité à accompagner le gouvernement dans sa mission, pour peu que le processus soit inclusif et sincère », informe Eddie Komboïgo.

Face à ce qu’il qualifie de « problèmes qui minent actuellement » le pays, au point de porter atteinte à son intégrité territoriale, à sa stabilité économique et à la paix sociale, le CFOP-BF recommande le recouvrement du territoire national dans son intégralité dans les plus brefs délais, le retour des populations déplacées dans leurs localités d’origine, la réaffirmation de l’Etat de droit et la réinstauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire. L’institution prône également la prise en charge des populations démunies et les plus vulnérables (prise en charge immédiate et sans délais des veuves et orphelins des forces de défenses et de sécurités tombés pour la patrie, dans la défense de l’intégrité territoriale) ; la baisse des prix des produits de grande consommation, de première nécessité et des hydrocarbures.

L’opposition recommande en outre la reprise du dialogue avec les partenaires sociaux auxquels elle dit réaffirmer son « soutien indéfectible et sans faille » ; l’application stricte des recommandations de l’enquête parlementaire sur le foncier ; la réalisation effective des infrastructures et bâtiments (dont la pose de la première pierre a été effectuée à des fins électoralistes et qui n’ont jamais vu le jour) ; la réouverture sans délais des frontières terrestres.

O.L.

Lefaso.net

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