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Francis Ducreux, régisseur du Tour du Faso : Des témoins avisés racontent la vie d’un « visionnaire »

Décédé le 1er mai 2021 à Ouagadougou, Francis Ducreux emporte avec lui l’image d’un amoureux du cyclisme, d’homme-orchestre de plusieurs Tours cyclistes en Afrique dont celui du Faso. Les acteurs de la Petite Reine s’apprêtent à lui rendre un dernier hommage ce samedi 8 mai 2021.

Matinée noire pour le cyclisme burkinabè. En effet, samedi le 1er mai 2021, Francis Ducreux avait une rencontre avec les membres du Comité exécutif de la Fédération burkinabè de cyclisme pour parler du Tour du Faso. Il était rentré deux jours plutôt, soit le jeudi, de la France où il avait séjourné pour des soins.

Mais à l’heure prévue pour la réunion, alors que tout le monde est présent, Francis Ducreux n’est pas encore arrivé. Ce n’est pas dans ses habitudes d’être en retard. « Avec Francis, une minute, c’est une minute », relève Issa Tapsoba, tuteur et ami du défunt. Le président de la FBC, Amédée Berewoudougou, décide alors de l’appeler. « Francis vient de décéder il y a à peine deux minutes », s’entend-il dire au téléphone. C’est la consternation.

Un amoureux du cyclisme qui débarque au Burkina

Né le 14 février 1945 à Pont-Audemer en France, Francis Ducreux a été un cycliste professionnel de 1968 à 1973. Il a participé à deux reprises au Tour de France. En 1968, il abandonne à la quatrième étape puis il termine 36e à l’édition de 1971. Il a aussi pris part à d’autres courses cyclistes dont la renommée dépassait les limites des frontières de la France.

En 1987, il débarque au Burkina Faso et est hébergé dans la famille Tapsoba. « Un de mes cousins, William Tapsoba, faisait ses études chez Francis en France. Le père de ce dernier était le président de la Fédération voltaïque de cyclisme. Lorsqu’il est arrivé au Burkina, il est venu voir mon oncle. Ce dernier m’a demandé si je pouvais l’amener faire les courses. J’avais une moto à l’époque et c’est avec ça qu’on faisait nos courses. Lorsqu’on devait rencontrer un ministre, je prenais la voiture Renault 12 de mon cousin », se rappelle encore Issa Tapsoba, aujourd’hui Chef de Balkuy.

L’homme-orchestre du Tour du Faso

De ses rencontres va naître le Tour du Faso. En effet, l’expertise de Francis Ducreux a été sollicitée par les autorités de la révolution d’août 1983 pour organiser le Tour cycliste du Faso. « Sankara voulait d’une manifestation qui allait faire venir des étrangers au Burkina afin qu’ils apprécient la révolution. Il a trouvé l’idée du Tour du Faso. Les Russes ont participé à la première édition », se remémore Marcel Belem, ancien rédacteur en chef de Sidwaya Sport.

La voile est donc mise pour la première édition. « Nous avons fait le 1er Tour du Faso dans des conditions très difficiles parce que nous n’avions pas le matériel pour cela. C’est le groupe Fadoul qui nous prêtait deux porte-chars qu’on plaçait de chaque côté de la route et on accrochait la bâche d’arrivée », ajoute le Chef de Balkuy.

Les arrivées se sont faites en août 1987. Les pluies s’y invitaient souvent. « Après chaque arrivée, s’il y avait la pluie, on lavait les bâches la nuit pour l’arrivée du lendemain », a-t-il indiqué.

Au regard des désagréments que causait la pluie, les organisateurs de ce qui allait devenir une course cycliste de référence en Afrique optent, dès l’édition de 1988, de repousser les arrivées au mois d’octobre.

Il a fallu attendre quinze ans après la première édition pour que le comité d’organisation puisse se doter d’un premier car-podium. Au fil des ans, plusieurs autres cars ont été acquis et qui ont permis de donner au Tour sa renommée actuelle.

Le Balkuy Naba, tuteur et ami de Francis Ducreux

Un travailleur acharné

Pendant près de 35 ans, il a été le penseur du Tour du Faso. Il a réussi à mobiliser des sponsors et intéresser les cyclistes à la boucle du Burkina Faso. « Il aimait toujours le travail bien fait. Il n’aimait pas la médiocrité. Il signait les engagements avec les sponsors et j’étais chargé de les appliquer sur le terrain », a relevé le Chef de Balkuy.

Avec ce décès, c’est un grand vide qui se crée dans l’organisation du Tour du Faso. « Nous reconnaissons la valeur de l’homme, de ce qu’il a apporté au Tour du Faso et aux autres tours. C’est quelqu’un qui avait de grandes idées. C’était un visionnaire. Il a créé le Grand prix de l’impossible et la Boucle du coton. Il est difficile de le remplacer », a confié Alassane D. Ouangraoua, ancien président de la Fédération burkinabè de cyclisme.

Pour Abdoul Aziz Nikiema, c’est comme un père qu’il perdait. « Francis était comme un père pour moi. Il m’avait adopté et me prodiguait des conseils. Le jour de son départ pour la France, je revenais de l’entraînement, malgré la fatigue et la sueur, je suis allé chez lui avant de rentrer à la maison. Lorsque je suis arrivé, je l’ai trouvé en train de faire sa valise. Il m’a informé qu’il allait en France le même soir et il m’a donné des astuces pour retrouver la forme et être dans le Top 10. Je suis parti et c’était ma dernière fois de le voir », a raconté le capitaine des Etalons cyclistes.

Le Tour du Faso, d’autres tours cyclistes en Afrique, perdent un maître à penser. Francis Ducreux sera inhumé ce samedi 8 mai 2021 au cimetière de Gounghin après une cérémonie d’hommage des acteurs de la petite Reine.

Jacques Théodore Balima

Lefaso.net

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