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Fonds africain de garantie et de coopération économique : « Au Burkina, nos interventions s’élèvent à environ 30 milliards F CFA », le DG, Dr Ngueto Tiraïna Yambaye

Ancien ministre de l’Economie, du Plan et du Développement du Tchad et ex-administrateur du FMI pour l’Afrique, Dr Ngueto Tiraïna Yambaye, est le nouveau Directeur général (DG) du Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE) depuis le 1er juillet 2020. En séjour au Burkina Faso, du 9 au 13 août 2021, il a accordé une interview à Sidwaya à l’occasion, fait le bilan de sa mission et levé un coin de voile sur les maux qui minent le financement des économies africaines.

Sidwaya (S) : Vous êtes à la tête du Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE) depuis juillet 2020. Pouvez-vous nous présenter cette institution ?

Dr Ngueto Tiraïna Yambaye (N.T.Y.) : En tant que pionnier dans le domaine de la garantie bancaire en Afrique depuis 1977, le Fonds africain de garantie et coopération économique (FAGACE) est une institution africaine, qui œuvre au développement économique et social de ses Etats membres en facilitant l’accès au financement des PME/PMI et des projets entrepreneuriaux, à travers essentiellement les mécanismes de partage de risques, depuis plus de 40 ans. Les zones d’intervention du fonds couvrent la CEMAC, l’UEMOA, le Rwanda et la Mauritanie, avec une expansion progressive sur l’ensemble du continent africain. Le capital social du fonds est de 350 milliards FCFA souscrit à hauteur de 66,66 %. Il est ouvert aux Etats et aux institutions financières de développement. Le siège social du FAGACE se trouve à Cotonou en République du Bénin. Pour plus de proximité avec ses partenaires et une meilleure efficacité, l’institution dispose également de deux représentations ; l’une au Cameroun et l’autre au Rwanda.

S : Concrètement, quelles sont les différentes garanties qu’offre le FAGACE à sa clientèle ?

N.T.Y. : Le FAGACE, à travers son offre de garantie de crédit, est la solution clé capable de relever le défi de financement des PME- PMI et des programmes nationaux de promotion du développement. Les principaux produits offerts par le fonds sont : – La garantie individuelle : s’adresse directement aux entreprises notamment les PME et les grandes entreprises empruntant à des banques (garantie accordée au cas par cas). Le FAGACE offre également sa garantie au financement d’une institution financière qui s’adresse aux petites entités entrepreneuriales et facilite ainsi le « refinancement » de ces institutions financières (auprès des banques commerciales) et l’octroi de crédits aux PME. – La Garantie de portefeuille : autorise la banque à faire entrer dans la garantie, sans approbation préalable du mécanisme de garantie, tous les crédits qui remplissent certains critères convenus.

S : Qui sont les bénéficiaires de ces produits ?

N.T.Y. : Le fonds accorde son aval pour l’octroi de prêts, en réponse à l’exigence de garanties des institutions financières, en partageant ainsi le risque de non remboursement du crédit. Ce dispositif encourage les institutions financières à prêter davantage aux porteurs de projets à des taux raisonnables, ce qui permet de combler le déficit de financement. A ce titre, le FAGACE intervient dans tous les secteurs d’activités autorisés dans ses Etats membres. Les bénéficiaires-cibles du Fonds incluent l’ensemble des acteurs de développement : les entreprises privées ou mixtes viables, tous secteurs d’activité confondus, les institutions financières nationales et internationales, et les organismes régionaux promoteurs de l’intégration économique des Etats membres.

S : Quelles sont les conditions et les procédures d’accès aux garanties du FAGACE ?

N.T.Y. : Pour bénéficier de la garantie du Fonds pour les crédits bancaires, le promoteur s’adresse à sa banque qui, après accord de financement, se réfère au FAGACE. Ainsi, pour les garanties-portefeuille, la banque partenaire s’adresse au fonds. Pour la garantie des emprunts obligataires, le FAGACE est saisi par la Société de gestion et d’intermédiation (SGI) chargée de l’arrangement de l’opération, pour la re- garantie et la co-garantie, par une institution partenaire, une SGI ou par les banques prêteuses et enfin, pour les cautions sur marché, par la banque du promoteur.

S : A quel coût le FAGACE offre ses services de garantie ?

N.T.Y. : Relativement aux coûts, les taux appliqués sont fonction du niveau de risque encouru sur chaque projet. La quotité garantie est fixée au maximum à 50% du montant des crédits et concours accordés et à 100% pour la garantie de levée de ressources sur le marché financier.

S : Après 60 ans d’indépendance, l’Afrique peine toujours à mobiliser des ressources internes pour financer son développement. Comment pouvez-vous expliquer cette situation ?

N.T.Y. : Cette situation s’explique d’abord par la sous-bancarisation des économies africaines. En effet, très peu d’Africains sont détenteurs d’un compte bancaire et le taux moyen de bancarisation se situe autour de 15%. Une bonne politique de bancarisation permet de faciliter l’accès d’un plus grand nombre de la population au crédit bancaire, donc de financer l’économie et aussi de mobiliser l’épargne intérieure. Nous assistons à un cercle vicieux du sous-financement endogène des économies africaines et l’une des missions du FAGACE consiste à contribuer à booster, de manière accélérée, le financement des économies des pays membres en collaboration avec le secteur bancaire en favorisant une bancarisation croissante des économies. Il faut noter que les ressources financières doivent se régénérer continuellement et le FAGACE est le maillon indispensable dans la chaîne des instruments financiers et du mécanisme complet et intégré de mobilisation des ressources internes du financement intégral sans exclusion. Les ressources existent, il faut juste avoir l’information et la capacité de mieux négocier. Le FAGACE se positionne ainsi comme l’institution panafricaine, qui accompagne le financement du développement de l’Afrique avec son réseau de partenaires qui adaptent l’ingénierie financière à chaque type de projet structurant et à chaque contexte.

S : Le FAGACE constitue-t-il véritablement une réponse à cette problématique d’accès des porteurs de projets aux financements, notamment les PME ?

N.T.Y. : Les PME constituent l’épine dorsale des pays membres du FAGACE et représentent plus de 80% du tissu économique, contribuent entre 20-30% du PIB, à l’instar des autres pays d’Afrique et constituent d’importantes pourvoyeuses d’emplois, surtout en milieu rural. Les PME contribuent à structurer et renforcer le tissu économique local à travers l’effet d’entraînement qu’elles ont sur leurs clients et fournisseurs locaux, favorisant la création de filières de production et de distribution entièrement intégrées au tissu local. Elles contribuent également à la réduction de la pauvreté et permettent une croissance inclusive et durable. Relever le défi de financement des PME permettrait d’exploiter les vastes possibilités de développement économique et social qu’elles offrent en termes de création d’emplois et de valeur ajoutée. D’où l’intérêt et la nécessité impérieuse d’un outil de garantie public efficient et performant comme le FAGACE en tant que solution-clé au défi d’accès au financement des entreprises. Le FAGACE accorde son aval pour l’octroi de prêts aux PME, en réponse à l’exigence de garanties des institutions financières ; en absorbant ou en partageant ainsi le risque de non remboursement du crédit. Ce dispositif encourage les institutions financières à prêter davantage aux PME à des taux compétitifs ; ce qui permet de combler le déficit de financement susmentionné. Avec les financements reçus, les PME émergent, se structurent, concrétisent leurs ambitions de développement et in fine, créent plus de valeur ajoutée et d’emplois. L’intérêt des garanties réside également dans l’effet multiplicateur significatif qu’elles génèrent.

S : 40 ans après sa création, quelle appréciation faites-vous de la contribution du FAGACE au développement socioéconomique des pays membres ?

N.T.Y. : En effet, les interventions du FAGACE ont permis de mobiliser à ce jour plus de 2500 milliards F CFA au profit de ses Etats membres notamment dans les secteurs stratégiques de l’agriculture, de l’agro-industrie, du transport, de l’industrie, et de l’énergie. Ce niveau est appréciable, mais nécessite d’être renforcé face aux besoins de plus en plus accrus des économies des Etats membres. Le FAGACE en travaillant avec le secteur bancaire et financier contribue, comme je l’avais dit à l’accroissement du taux de bancarisation des économies africaines.

S : Quelles sont les contraintes, les difficultés que rencontre le FAGACE ?

N.T.Y. : Pour répondre plus efficacement aux besoins des Etats, beaucoup reste à faire pour assurer notre croissance et surtout, notre transformation afin de consolider nos acquis. Après 44 ans, le FAGACE ouvre aujourd’hui une nouvelle page de son histoire. Dans cette perspective, le nouveau Plan stratégique 2021- 2025 constitue la boussole pour le développement de notre institution. Le FAGACE se modernise, en adoptant tous les standards internationaux en matière de gouvernance.

S : Y a-t-il une certaine peur pour les acteurs privés de faire appel à votre institution dans la mise en œuvre de leurs projets d’investissements ? Qu’est-ce qui expliquerait cela ?

N.T.Y. : Ce qu’il faut savoir, c’est que pour bénéficier de la garantie du FAGACE, le promoteur s’adresse d’abord à sa banque qui, après accord de financement, se réfère au Fonds. Effectivement, le promoteur peut avoir des appréhensions à soumettre sa demande de prêt à une banque. Mais par définition, la banque est une institution dont la principale activité est de financer l’économie au travers de ses entreprises publiques et privées ; comme toute entreprise, elle cherche à minimiser sa prise de risque et à optimiser sa rentabilité. Parallèlement à leurs propres exigences commerciales, les accords dits «Bâle III» obligent les établissements financiers à respecter un certain ratio de fonds propres par rapport aux crédits accordés pour consolider les structures en cas de non-remboursement. Pour ces raisons, les banques sont extrêmement prudentes dans leur analyse des risques. Elles ne souhaitent pas, d’une manière générale, risquer plus d’argent dans le projet que le ou les créateurs eux-mêmes. De la même manière, elles préfèrent partager les risques avec le plus de partenaires possibles tels que les fonds de garantie pour en limiter les effets négatifs. Cela explique en partie, pourquoi certains projets de création d’entreprise rencontrent des difficultés pour obtenir un financement bancaire. Il s’agit généralement de projets jugés «trop audacieux», ou présentant un plan de financement déséquilibré, ou portés par un ou plusieurs créateurs n’ayant pas l’expérience souhaitée par la banque, ou ne réunissant pas un niveau de fonds propre suffisant, ou encore dont le produit/service ne semble pas répondre aux besoins du marché, etc. Pour pallier cette situation, il a été créé un Centre d’excellence dénommé Institut du FAGACE pour l’encadrement et le renforcement des capacités des différents acteurs en lien avec les pays membres, les Chambres de commerce, le patronat, le secteur bancaire et financier, les entrepreneurs ruraux et les institutions similaires.

S : Sous votre leadership, le FAGACE s’est doté d’un nouveau plan stratégique. Qu’est-ce qui va changer avec ce nouveau plan stratégique ?

N.T.Y. : Le Conseil des gouverneurs du FAGACE a adopté en février 2021, un nouveau Plan stratégique pour notre institution. A travers ce nouveau plan stratégique 2021-2025 dénommé « The New Momentum », notre vision est de faire du FAGACE, une institution moderne qui contribue pleinement à l’intégration financière de l’Afrique. Ce plan est fondé sur la modernisation du Fonds, le renforcement de la gouvernance, le renforcement des fonds propres de l’institution, le développement des activités opérationnelles et l’intensification de la coopération avec les Etats membres, l’ouverture aux capitaux privés et à de nouveaux Etats, en vue du positionnement du FAGACE comme un partenaire stratégique de développement en Afrique. Dans ce cadre, le fonds entend faire des interventions de proximité dans ses Etats membres en vue de soutenir les financements des investissements et relever ainsi les défis de la croissance et de l’emploi. Ceci passera notamment par des appuis multiformes dans le cadre du financement des projets notamment les Projets publics, les PPP, du secteur privé, des interventions diversifiées qui seront accrues pour répondre aux besoins des économies. Pour ce faire, les banques étant au cœur du dispositif opérationnel du fonds, le nouveau partenariat avec les banques est basé sur un engagement franc du FAGACE et une revue des modalités de fonctionnement. Cela se traduit par une communication financière régulière et transparente, une approche orientée sur la gestion des risques, un examen de la garantie dans un délai n’excédant pas 10 jours, une procédure efficace de gestion des défauts avec des règlements sans délai. Toutes ces mesures constituent un signal fort à l’endroit des partenaires techniques et financiers, pour une coopération plus fructueuse.

S : Votre institution intervient au Burkina Faso. Parlez-nous de son apport à l’économie burkinabè.

N.T.Y. : Au Burkina, les interventions du Fonds s’élèvent à environ 30 milliards F CFA, qui ont permis de mobiliser près de 90 milliards F CFA dans les secteurs stratégiques de l’agro-industrie, du transport, de l’industrie et de l’énergie.

S : Vous êtes au Burkina Faso depuis le 9 août 2021. Quel est l’objet de votre séjour au pays des Hommes intègres ?

N.T.Y. : Cette mission s’inscrit dans le cadre des consultations avec les Etats membres du FAGACE et qui vise à renforcer les interventions de l’institution de garantie au Burkina Faso. A cet effet, le programme de la mission s’est articulé autour de trois (03) activités majeures : – des rencontres avec les hautes autorités du Burkina Faso ; – des rencontres avec les principaux acteurs au dÈveloppement du marchÈ sur le rÙle et les mÈcanismes d’intervention du FAGACE; – des rencontres bilatÈrales avec les banques locales ;

S : Vous êtes en fin de mission. Quel bilan tirez-vous de votre séjour au pays des Hommes intègres ?

N.T.Y. : Le bilan de la mission est positif. Des échanges avec le gouvernement, il ressort la volonté de voir le FAGACE renforcer son rôle de garant pour impulser le financement du secteur privé burkinabé en général et de l’économie en général. Dans ce cadre, un Bureau de liaison du Fonds au Burkina Faso sera créé. Par ailleurs, au cours des différentes rencontres, les institutions financières et les opérateurs économiques burkinabè ont tous admis la nécessité d’un garant tel que le FAGACE dans le dispositif de financement de l’économie et du secteur privé en particulier. A cet effet, les échanges ont concerné le nouveau mode opératoire en lien avec le Plan stratégique 2021-2025, la flexibilité des produits du Fonds et leur adéquation au marché local ainsi que l’encadrement des porteurs de projets.

S : Quels sont les perspectives ou projets d’intervention du FAGACE au Burkina Faso, dans le court et moyen terme ?

N.T.Y. : Au terme des rencontres, le fonds a affirmé sa disponibilité à apporter son appui à court terme à :

• la mise en place au Burkina Faso de structures d’appui au secteur privé ;

• l’organisation des sÈminaires de formation initiÈs par l’Etat du Burkina en direction des SFD, des Bureaux d’étude, des PME/PMI et des acteurs de l’écosystème financier.

• le Bureau d’information et de liaison à mettre en place, dont l’objectif majeur du Fonds, est non seulement de renforcer la coopération avec le gouvernement mais aussi d’accélérer le financement de l’économie burkinabè, d’approfondir le dialogue avec les partenaires techniques et financiers ainsi que le secteur privé.

S : Avez-vous un message particulier à l’endroit des acteurs privés et publics de l’économie burkinabè ?

N.T.Y. : Comme vous le savez, le Plan national de développement économique et social (PNDES) du Burkina Faso relève, entre autres, la faible compétitivité des industries existantes et au faible développement de l’agro-industrie, la prédominance de l’économie informelle, et le faible accès des opérateurs économiques, notamment les petites et moyennes entreprises (PME), aux services financiers, l’insuffisance de ressources adaptées aux besoins de la transformation structurelle de l’économie. A cet égard, le FAGACE s’engage non seulement à accroître ses interventions au Burkina Faso avec un accent particulier pour la promotion des PME/PMI, des startups et des entrepreneurs ruraux mais aussi à soutenir le financement des projets d’investissements du nouveau Référentiel national de développement. Enfin, le FAGACE pour la deuxième année consécutive soutient avec d’autres institutions, le Salon des PME et des Banques de l’espace UEMOA qui se tiendra à Ouagadougou en novembre 2021.

Interview réalisée par

Mahamadi SEBOGO

[email protected]

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