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Construction d’un CSPS à Idenia Tanga dans le Nahouri: Une infrastructure à l’abandon

Le village d’Idenia Tanga de la commune de Tiébélé, dans la province du Nahouri (région du Centre-Sud), abrite un centre de santé « fantôme ». Construit en 2015, à une centaine de mètres environ d’un autre Centre de Santé et de Promotion sociale (CSPS), la formation sanitaire, contrairement à son voisin, est restée, jusqu’à ce jour, à l’état de bâtiment inoccupé. Le non-respect des normes qui guident la construction des CSPS et les avis des techniciens balayés du revers de la main ont principalement contribué à sceller le sort de la structure. Ce qui a fait perdre au trésor public des dizaines de millions de francs CFA.

A une cinquantaine de kilomètres au Sud-est de la ville de Pô, chef-lieu de la province du Nahouri (région du Centre-Sud), dans le village d’Idenia Tanga de la commune de Tiébélé, se trouvent les restes d’un Centre de santé construit par l’Etat, en 2015. Le vestige domine une clairière à quelques phalanges des concessions et à une centaine de mètres environ d’un autre Centre de Santé et de Promotion sociale (CSPS). Le décor des lieux est fantomatique, en ce début de mois de juin 2021. Les cinq bâtiments qui le composent et censés constitués le dispensaire, la maternité et les logements des agents ainsi que les latrines sont à l’état de ruines avec des portes enfoncées et des tôles rouillées flottant au vent. Le forage à pompe manuelle réalisé au milieu du centre crache encore de l’eau mais donne l’aspect d’un ouvrage usagé. Quelques ruminants errants, des reptiles et des oiseaux font surtout office des seuls occupants des lieux où règne un silence de plomb. L’espace aurait dû cependant grouiller de monde si les choses s’étaient déroulées comme inscrit noir sur blanc sur papier, conformément à la vision de l’Etat qui était de renforcer l’offre de soin de qualité aux populations riveraines. Dans le principe, tel qu’envisagé par les porteurs du projet, sept villages « frères » formant un grand bloc devraient constituer l’aire sanitaire de la formation sanitaire. Ce sont Idenia Tanga de la commune de Tiébélé qui en est l’hôte, Idenia Kora, Idenia Zeguessiga, Idenia Brébié, Idenia Moa, Idenia Nouabié et Idenia Tanga de la commune de Ziou. Les habitants desdits villages, en plus d’avoir des liens matrimoniaux très forts et le patronyme Ouena, partagent la même langue, le Nankana.

Contacté, le professeur titulaire de psychiatrie et de psychologie médicale, par ailleurs originaire de la localité, Kapouné Karfo, confirme avoir été à la manœuvre pour le quitus donné en faveur de la construction du Centre de santé, en 2014. A cette date, Pr Karfo siégeait à l’hémicycle comme député de la province du Nahouri, sous la bannière du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), le parti présidentiel.

« J’avais deux de mes demandes de CSPS au profit de la province (ndlr/ Nahouri) qui avaient été validées, en son temps, par le département en charge de la Santé dans le cadre de leur programmation annuelle. J’ai alors décidé d’attribuer un Centre au bloc des Idenia », informe-t-il sur la genèse du projet.

Des entorses à la base

Pour le choix du site ainsi que les aspects techniques y afférents, Pr Karfo confie les avoir laissés à l’appréciation des techniciens de la santé. Patrice Coulibaly, ayant servi comme Infirmier-chef de poste (ICP), de 2013 à 2014, au CSPS voisin d’Idenia Tanga de la commune de Ziou confirme qu’il a pris part auxdites études. Lesquelles, dit-il, avaient déterminé comme site idéal une localité autre que Idenia Tanga de Tiébélé. Mais, in fine, rien n’y fit. Les recommandations des experts n’ont pas été prises en compte. Le choix d’Idenia Tanga de Tiébélé s’est imposé au village identifié. Cela aurait-il été l’œuvre du professeur Kapouné Karfo, celui qui fut à l’origine du projet ou des responsables des structures sanitaires ? A la question, le Pr Karfo est formel. Il n’est mêlé, ni de près ni de loin, à ce volte-face pour le choix exprès du village d’Idenia Tanga de Tiébélé comme hôte, assurant également avoir été mis devant le fait accompli. Les responsables du district de Pô d’alors maintiennent aussi que les services techniques étaient étrangers à ce modus operandi. Un cadre des services sanitaires de l’époque qui a souhaité garder l’anonymat informe que les avis du département sur le dossier se sont limités uniquement aux aspects techniques. Aussi, la mise en œuvre du projet, précise-t-il, était du ressort de la mairie. Dans le cadre du processus de décentralisation entrepris par le gouvernement en 2004, le décret N°2014-934/PRES/PM/MATD/MS/MEF/MFPTSS du 10 octobre 2014 précisait, en effet, à son point 1 de l’article 4 du chapitre des ‘’Transfert et compétences’’ que la « construction et la gestion des formations sanitaires de base » est une des compétences transférées aux communes conformément à l’article 94 du Code général des Collectivités territoriales. De fait, c’est donc la mairie de Tiébélé qui portait ainsi le projet de construction du centre de santé. Ce serait elle alors l’ordonnateur de l’emplacement choisi. Aujourd’hui, malheureusement, l’on ne pourrait l’affirmer avec exactitude. Et pour cause, à la mairie de Tiébélé, les responsables actuels assurent ignorer comment le dossier a été traité à l’époque par les acteurs. Le procès-verbal y relatif qui aurait également pu éclairer sur la situation reste introuvable, assurent-ils. Après maintes tentatives de recherches infructueuses dudit document, il est pointé du doigt le problème d’archivage notamment au cours de cette période (2015) durant laquelle la gestion des mairies étaient passées aux mains des délégations spéciales, sous le régime de la Transition politique.

Qu’à cela ne tienne, à la conception du projet de réalisation de la formation sanitaire, la proximité de l’infrastructure d’avec le bloc des Idenia était vraisemblablement l’option de priorité numéro 1, tel que le laisse comprendre Pr Karfo. Et ce choix n’était pas fortuit.

Des attentes qui ne seront pas comblées

La future formation sanitaire était destinée à pallier les difficultés de fonctionnement dans l’unique CSPS de la zone des Idénia, à savoir le CSPS voisin situé dans le village d’Idenia Tanga de la commune de Ziou(NDLR/ ledit village est frontalier au village d’Idenia Tanga de la commune Tiébélé). Depuis 2009, année de sa mise en activité, le CSPS d’Idenia Tanga de Ziou peine à sortir de l’ornière. Il est boudé par une majorité des populations des sept villages Idenia. Une dissension née du choix de son emplacement ainsi que son nom de baptême a poussé environ 90% de la population totale environnante estimée à 5000 âmes, selon le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2006, à se montrer hostiles au centre, optant pour d’autres centres de santé plus éloignés pour leurs consultations. Le refus des populations de fréquenter le CSPS est un lourd handicap mais il y a également d’autres entraves comme le manque d’Agents de santé à base communautaire (ASBC), chargés d’accompagner le personnel dans les activités de promotion, de sensibilisation et de soins et l’absence d’un Comité de gestion (CoGes). Le CoGes est l’instance représentant la part contributive des communautés bénéficiaires au fonctionnement du CSPS. Ces difficultés auxquelles s’ajoute le manque d’aire sanitaire du fait de l’absence de villages et de populations cibles plombent les résultats du centre qui figure toujours au bas du classement des performances des 32 formations sanitaires que compte le district sanitaire de Pô.

A entendre le Pr Karfo, le second CSPS qui sortait des terres du bloc des Idénia était l’alternative qui devrait ainsi apporter un dénouement heureux à la crise en absorbant surtout la partie « hostile » du groupe de la communauté bénéficiaire des services du CSPS d’Idenia Tanga de Ziou. Mais les espoirs ont été douchés.

« On ne pouvait pas autoriser l’ouverture »

Les travaux terminés, le nouveau joyau n’ira pas au-delà des bâtiments flambants neufs érigés en matériaux définitifs. Il ne sera doté ni d’équipements ni de personnel de santé pour le faire fonctionner. Une conséquence, sans doute, de la sentence sans appel émanant des autorités sanitaires. Le Médecin-chef actuel du district sanitaire (MCD) de Pô, Dr Daouda Bamba, estime qu’il ne pouvait pas en être autrement. « On ne pouvait pas autoriser l’ouverture de ce CSPS parce qu’il est situé à moins d’un kilomètre du CSPS d’Idenia Tanga (NDLR/ de la commune de Ziou). La norme technique au Burkina indique une distance d’au moins cinq kilomètres pour permettre au CSPS d’être viable. Il y a aussi que le CSPS d’Idenia Tanga de Ziou connaissait des difficultés de fonctionnement et on risquait de reproduire les mêmes problèmes dans le nouveau CSPS. Ce serait aussi du gâchis d’affecter des agents qui n’auront pas à travailler pleinement là-bas alors qu’ailleurs il y a le besoin », explique Dr Bamba.

Le sort du centre de santé inachevé aurait-il pu être différent si la gestion du pouvoir d’Etat n’avait pas changé brusquement de mains après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui a contraint le président à l’exil et éjecté son parti du pouvoir ? Pr Kapouné Karfo, qui a en été victime, comme tous les autres élus nationaux, avec la dissolution subséquente de l’Assemblée nationale, n’émet pas de doute là-dessus. « En tout cas si nous étions toujours là, j’aurais tout fait pour que le centre soit fonctionnel parce que j’avais à cœur d’aider le bloc des Idénia ; c’est une zone enclavée où les habitants ont du mal, à certaines périodes de l’année, à se rendre même au CSPS de Guenon (ndlr/ un centre rural voisin situé à environ 6 kilomètres sur le versant opposé d’un cours d’eau qui s’étend le long des limites du bloc des Idenia) », affirme-t-il.

Des peines et des pertes

L’échec de la mise en marche du CSPS est un coup dur pour les initiateurs du projet. Le Pr Karfo le fait savoir avec force insistance. Au trésor public, c’est sans doute le même sentiment qui se dégage. Les fonds injectés dans la concrétisation de ce projet sont partis au vent. Si nos investigations n’ont pas permis de porter un chiffre exact sur le coût de l’investissement, les estimations de certains responsables en charge de la santé font état de plusieurs dizaines de millions de francs CFA déboursés. De l’analyse du MCD de Pô, le coût d’un CSPS composé de bâtiments de soins, de logements des agents, de cuisine, de latrines, d’un forage et d’un incinérateur, vacille généralement entre 100 et 150 millions de francs CFA. Pour le CSPS « mort-né » des villages « Idenia », le montant injecté est autant important puisqu’il ne manque que l’incinérateur dans le décompte.

Pour les autorités sanitaires et administratives locales, les ruines du CSPS à Idenia Tanga de Tiébélé laissent aussi un goût amer, au-delà de la saignée provoquée dans les caisses de l’Etat. Dr Daouda Bamba est affligé à ce sujet car estimant que l’infrastructure aurait dû contribuer à améliorer l’offre de soins aux populations dans certaines localités nécessiteuses de la province. Plusieurs observateurs locaux, également contrits, en appellent surtout à la responsabilité des acteurs pour éviter des cas d’échecs similaires en travaillant en conformité totale avec les textes et règles en vigueur.

 

Mamady ZANGO

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