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Au-delà de l’indignation collective

Le vendredi 27 août dernier, trois agents publics, de retour d’une mission à Gaoua, ont été lynchés à une trentaine de kilomètres de la capitale du Sud-Ouest. En réaction à la mort accidentelle d’un enfant de 10 ans dans le village de Banlo (Commune de Bouroum-Bouroum) fauché par les missionnaires, les villageois n’ont pas épargné la vie des occupants du véhicule, trucidés dans des conditions atroces.

Quatre morts de trop dans un pays en proie à une crise sécuritaire aigue et de nombreuses victimes du terrorisme. Quatre morts qui ont suscité l’indignation collective, voire de la colère et surtout de nombreuses interrogations sur la réalité du « vivre-ensemble », des valeurs de tolérance, de pardon, d’hospitalité si abondamment proclamées au quotidien, mais constamment bafouées souvent dans une indifférence complice. Nonobstant les nombreuses alertes précédentes, le drame de Banlo a peut-être « ouvert les yeux » à des sociétés enfermées dans la certitude que les mécanismes traditionnels (qui excluent dans toutes les sociétés humaines la loi du Talion) et modernes de résolution des conflits et des transgressions des règles établies sont opérantes à tous les coups, les cas d’exception ne confirmant que la règle. Le drame de Banlo appelle l’ensemble des Burkinabè à sortir de leurs zones de confort pour s’inscrire dans une remise en cause permanente de ces mécanismes de régulation sociale en dehors du prisme partial et partiel du visage régional de « ce terrorisme » local.

Sur toute l’étendue du territoire, des actes similaires ont pu être causés parfois devant les forces de l’ordre impuissantes face à la vindicte populaire. Mais la question centrale reste intacte. Qu’est-ce qui pourrait expliquer l’injustifiable déchaînement suivi de violence communautaire à la suite d’événement malheureux ? Historiquement, les communautés de certaines zones réputées belliqueuses (pour faire clichés) et encore de fortes croyances aux valeurs ancestrales où tout est sujet à interprétation, sont des facteurs parfois déterminants.

Fondamentalement, un environnement social d’intolérance et de violence extrême est renforcé par la perception négative de la justice de la part des populations de façon générale et le traitement parfois laxiste ou l’indécision de la chaîne administrative de la gestion de pareilles crises, paradoxalement, au nom de la préservation de la paix et de la cohésion sociale ! Même si les événements de Banlo ne sauraient se résumer à ce sentiment, on se rappelle par exemple qu’un affrontement entre orpailleurs « halogènes et autochtones » en juin 2015 à Korgho (axe Batié-Gaoua) est intervenu à la suite d’ un report par le tribunal correctionnel de Gaoua, du procès de trois orpailleurs. De nos jours, des cars de transports sont systématiquement incendiés après chaque accident par des croquants sans suite, des personnes fautives sont extirpées de leur garde à vue et lynchées par des populations en colère… Cette fois, le gouvernement semble avoir mis le holà. Et avec célérité. Des interpellations ont eu lieu et le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a invité la justice « à situer toutes les responsabilités », condamnant énergiquement des assassinats intolérables dans un Etat de droit. Aucun citoyen n’est à l’abri de tels drames. Et la justice doit reprendre la main pour qu’enfin, la flopée de mesures annoncées ou prises, servent enfin à recoudre le tissu social qui s’effiloche.

Par Mahamadi TIEGNA

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