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A quand mon Faso ?

Quand je veux construire ma propre maison, là où je vivrais avec ma femme et mes enfants, je la construis avec le cœur ; j’y mets toute ma tête et mon énergie à profit. Avant même que je ne pose la première pierre, je m’assure que la parcelle est sur un bon terrain fait de roc et en hauteur, loin des baffons pour être à l’abri des inondations et autres désagréments. Dès la phase de confection des briques, je suis de près les travaux en insistant sur le dosage du ciment, sur le choix des matériaux, du sable aux moellons en passant par les fers.

Je cherche le bon maçon, le bon technicien, les bons manœuvres et je fais même des descentes inopinées sur le chantier pour être sûr que tout se passe bien comme je le souhaite. Bref, quand je veux construire ma propre maison, j’y mets de la rigueur, du sérieux et tout mon amour. Mais, je ne suis ni un architecte ni un ingénieur en bâtiment ou en électricité ! Je ne suis pas un plombier, un menuisier ou un soudeur ! Je me donne corps et âme à mon chantier, parce que demain, j’y habiterai jusqu’à la fin de mes jours. Je m’y investis parce que demain, mes enfants y vivront jusqu’à savoir voler de leurs propres ailes. On ne fait jamais du mal à soi-même.

Quand je suis chargé de construire un bâtiment public, bof ! Dès la réception des dossiers d’appel d’offres, je pense et je prévois mes 10%. Je veille à ce que le mieux ou moins- disant soit mon parent même s’il est incompétent. Je fais chanter les concurrents, de sorte à ce que chacun d’eux me soit redevable. J’use de délit d’initié et je me fais amnistier par les initiés du sérail sans qu’aucune fumée ne laisse présager l’incendie qui couve. Dès que l’affaire est conclue, je célèbre une victoire d’étape en attendant le prochain client d’un marché qui n’appartient à personne. Ainsi, on construira des routes et des édifices qui feront long feu mais il n’y a pas le feu.

La pluie et le vent peuvent démentir la qualité des travaux avant même la réception, ça peut arriver même dans les pays développés ! Des murs « en dur » testés et validés par des équipes techniques dignes de ce nom, tomberont sur les occupants des lieux, mais le non-lieu sera cynique : chacun des acteurs a pourtant bien fait son travail ! Personne n’est coupable ! Les oiseaux de mauvais augure peuvent s’égosiller en se ruant sur les sites des dégâts, mais il suffira de leur faire danser sur le refrain de la samba : « une enquête est en cours, les responsabilités seront situées et les fautifs seront châtiés » et le tour est joué.

Tant pis pour les caisses de l’Etat, tant pis pour les victimes, en attendant la prochaine « destination finale ». La grande mosquée de Bobo-Dioulasso a été construite en banco, il y a plus de 130 ans et malgré ses quelque Bobos, elle fait preuve de résilience face aux intempéries. La cathédrale de Ouagadougou a été construite entre 1934 et 1936, celle de Bobo en 1957, la maison du Peuple a été inaugurée en 1965, mais elle continue de traverser les âges et à faire vibrer des générations.

Oublions tous ces bâtiments coloniaux qui résistent au temps en regardant nos châteaux de cartes s’écrouler sur nos têtes. Le drame, ce n’est ni le vent violent ni la pluie diluvienne ; le drame, le véritable, c’est nous-mêmes. Chaque fois que nous attribuons un marché sur fond de combine et en contrepartie de cantines de rapines, nous sommes des criminels. Chaque fois que nous jugeons de la qualité d’un ouvrage en fonction de la quantité de liquidité empochée, nous ne sommes pas mieux que le tueur en série qui écume la cité.

Chaque fois que nous sous-estimerons les risques liés à la mauvaise réalisation de nos infrastructures publiques, nous ne sommes pas moins méchants que le terroriste qui enfouit sa mine artisanale sur la trajectoire du convoi qui passe et trépasse. Malheureusement, quand l’intégrité devient une calamité nationale dans un contexte de pauvreté totale mentale et spirituelle, pourquoi chercher les bons parmi les médiocres ? Quand la politique bouffe l’éthique jusqu’aux os sans cracher le moindre morceau que pouvons-nous encore sauver des eaux ? La première fois que j’ai vu un poisson pourrir, c’était par la tête. Et ça sentait très mauvais ! A quand mon Faso ?

Clément ZONGO

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