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Effondrement d’une dalle à l’Université Norbert-Zongo : Un spécialiste du bâtiment témoin du drame se confie à Sidwaya

Trois jours après l’effondrement de la dalle d’un bâtiment en construction sur le chantier de l’Université Norbert- Zongo de Koudougou, les langues commencent à se délier. Un expert du bâtiment et de la construction qui a fréquenté le chantier jusqu’au jour du drame s’est confié à Sidwaya, le jeudi 2 septembre 2021.

Après les condamnations du drame provoqué par l’effondrement d’une dalle sur le chantier du foyer de l’Université Norbert-Zongo à Koudougou, ayant fait quatre morts dont trois étudiants stagiaires, les langues commencent à se délier. En effet, un spécialiste du bâtiment et de la construction s’est confié à Sidwaya, relevant quelques défaillances techniques observées sur le bâtiment. Selon notre interlocuteur dont nous taisons volontairement le nom, la première des choses c’est de procéder à un certain nombre de vérifications dans une confrontation avec le cahier des charges afin de situer les responsabilités.

Mais d’ores et déjà, fait-il observer, sur le plan technique, on peut relever des imperfections notamment les dimensions du ferraillage pour les poteaux. « Il s’agissait d’une dalle pleine double nappe en fers de 12 sorties en porte-à-faux et les deux poteaux en façade étaient de faibles dimensions et donc ne pouvaient pas supporter la charge du béton de la dalle », informe-t-il. Puis, il ajoute : « il n’y avait aucun poteau prévu au milieu. Alors que dans les normes les dimensions des poteaux d’une dalle sont définies en fonction de la masse de béton à supporter.

Ainsi on peut avoir des poteaux de 40cm/40cm, 60/60, 80/80 mais dans le cas de la dalle qui s’est effondrée, il n’y avait aucune proportionnalité entre le béton et les poutres », précise notre source. De l’avis du spécialiste en bâtiment, la conception de l’ouvrage relève de l’architecte mais les dimensions des ferraillages pour les poutres et autres mesures sont laissées à la charge de l’ingénieur des travaux qui les détermine en tenant compte de plusieurs aspects. A l’écouter, ces données sont notées dans un carnet pour être respectées pendant l’exécution du chantier et les bureaux de contrôle ont recours également à ce cahier utilisé comme carnet de bord pour l’accomplissement de leur mission.

« Il va falloir passer en revue ces documents pour voir à quel niveau se trouve la défaillance afin de situer les responsabilités. La faute vient-elle de l’ingénieur ou bien du non-respect de ses décisions par l’entreprise dans l’exécution des travaux ? », se demande celui qui a assisté à l’effondrement de la dalle. L’autre aspect qui vient renforcer cette hypothèse, insiste le technicien en bâtiment, c’est que le coulage de la dalle, fait il y a environ quatre mois mais, les étais, c’est-à-dire les pièces de charpente posées pour soutenir la masse étaient toujours en place.

« C’est le 31 août dans la matinée que les ouvriers ont procédé à l’enlèvement des étais et quelques instants après, l’effondrement a lieu piégeant les quatre étudiants et le menuisier-coffreur de nationalité béninoise sous les décombres », fait-il savoir. Et d’ajouter que l’ouvrage est de forme circulaire avec cinq dalles dont deux étaient déjà coulées. Dans une lecture technique, explique-t-il, les deux poteaux du premier joint ont craqué sous le poids du béton provoquant l’effondrement de la dalle. Selon notre témoin, les étudiants qui y ont trouvé la mort, assistaient à la fabrication de coffres par le menuisier béninois pour le coulage d’une autre dalle. Ils étaient environ une vingtaine tous de la filière génie civil de l’Institut universitaire de technologie (IUT) de l’UNZ pour leur stage.

Ils avaient donc été repartis pour suivre les travaux à différents niveaux du chantier. S’agissant du contrôle, il se situe à plusieurs niveaux nous apprend-il. Après le ferraillage, le bureau de contrôle procède à la vérification des fers pour voir la conformité avec les prescriptions contenues dans le carnet de ferraillage et le jour où le béton doit être coulé. Le Laboratoire national du bâtiment et des travaux publics (LNBTP) est présent pour contrôler les dosages, foi du technicien.

Et pour le bon déroulement des travaux, des réunions de coordination se tenaient tous les mardis et jeudis sur le site. « Cette rencontre de concertation entre les bureaux de contrôle, l’entreprise des travaux et des représentants du LNBTP a eu lieu le jour de l’effondrement et le drame s’est produit en présence de tous », soutient-il. Il ressort que chaque semaine, les ingénieurs et les techniciens commis à cette tâche de contrôle font le tour des chantiers pour voir la qualité et l’évolution des travaux. Ce jour-là, ils avaient commencé le contrôle par le bâtiment du foyer, celui endommagé et c’est lorsqu’ils ont bougé pour aller au niveau des bâtiments devant abrité la cité universitaire, que l’incident est arrivé. Les travaux sont suspendus sur le chantier.

Mais selon notre interlocuteur, en de pareilles circonstances et suivant les normes, l’ouvrage doit être totalement rasé pour réimplanter un nouveau. D’autres sources affirment que les mêmes infrastructures ont été réalisées par SUZY Construction à l’Université Ouaga II, devenu Thomas-Sankara, mais des modifications avaient été apportées à la suite des interpellations et des poteaux ont été ajoutées. Mais le chantier en cours à l’Université Norbert-Zongo n’a pas pris en compte ces modifications, nous a-t-on confié.

Beyon Romain NEBIE

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