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Sans Devoir le Droit est un déboire

Quand on lutte contre la délinquance juvénile et au même moment on bourre les poches de son morveux rejeton de liasses pour payer les notes de ses virées hebdomadaires, de qui se moque-t-on en parlant de jeunesse en détresse ? Quand l’argent de poche d’un enfant d’à peine 16 ans dépasse le salaire du vigile qui veille sur lui et ses parents, par-delà les scrupules, il y a un problème de calcul. Quand la petite mineure de rien peut se permettre de marcher en petite tenue dans le quartier en plein midi sous le regard blafard de ses parents « carents », à qui la faute si elle racole à moitié nue demain sur les avenues de la débauche ? A l’âge de cinq ans la « vermine » de moyenne section est maquillée et pomponnée comme une poupée gonflable, comment voulez-vous qu’elle baisse un peu la tête demain pour s’adresser à un aîné ?

En quoi l’enfant du voisin est mon fils si la fessée correctionnelle que je lui ai administrée m’a valu une convocation à la police ? Peut-on voir le fils de l’autre entrer en brousse sans l’arrêter et lui montrer la bonne voie ? Si l’on part du principe de la réciprocité qui veut que le bien ou le mal que nous faisons nous revienne en bien ou en mal, on ne peut pas rester indifférent à la perdition de l’enfant de l’autre. Depuis que la démocratie nous a apporté la Liberté et le Droit, l’homme libre est un fou à lier perclus derrière les barreaux de ses propres turpitudes. Le Droit est la norme qui limite sans borne la part de responsabilité sans obligation d’une espèce pensante mais ô combien rampante. Avant, l’enfant était un produit social, éduqué par la société tout entière.

Aujourd’hui, si vous touchez à un seul cheveu de l’enfant d’autrui pour mauvais comportement, vous avez toutes les chances de vous retrouver devant un tribunal pour violence faites à un innocent mineur sans défense. On vous servira du baratin juridique sans fondement moral, parce qu’en Droit ce qui est écrit vaut mieux que ce qui est dit. Avant, le maître nous fouettait en classe pour leçon mal apprise ou indiscipline. Aujourd’hui, le fouet a disparu des tiroirs des classes, parce que les enfants ont désormais des droits et leurs droits dépassent parfois notre devoir de père éducateur. Mais ne vous en faites pas, faites caresser vos progénitures de pourriture dans le sens de leur moisissure, mon fils sait bien qu’à la maison, il n’y a qu’un seul capitaine à bord.

Et j’attends le voisin zélé qui pointera sa tête par le mur pour m’interpeller sur ma « cruauté » à l’égard de mon fils. Il répondra de sa propre maladresse. J’attends même le juge qui viendra me réciter son couplé d’articles de loi de mauvais aloi, sans foi ; je lui dirais qu’un enfant s’éduque avec la carotte et le bâton ou périt dans la lâcheté et l’ignorance. Et j’irai répondre à haute voix au prétoire que le substrat de l’éducation n’est pas le droit mais le devoir.La drogue et la chicha sont devenues des croquettes pour marmailles. Pourtant toute l’armada de la répression est là. Pendant ce temps, la sensibilisation poursuit son tortueux chemin sans fin comme un serpent de mer avec l’impact d’un coup d’épée dans l’eau.

Mais le jour où les parents iront en prison avec leur rejeton, certains réfléchiront par deux fois avant d’éduquer leur galopin avec des jetons. Chaque jour, des quantités de plus en plus impressionnantes de drogue sont saisies et les « alevins » de la mare sont pris au filet et brandis à la télé. Pendant ce temps, les gros poissons s’engraissent en eau douce dans les flots d’une liberté inconditionnelle au nom d’une omerta indicible. Il en est de même des médicaments de rue, combattus par tout un système mais jamais terrassé. Dans ce cas, soit c’est le système qui est défaillant, soit le ver est entretenu dans le fruit. On peut prêcher la bonne nouvelle et flirter avec le diable. On peut être tout de blanc vêtu et se noircir de l’intérieur. On peut donner des leçons sans apprendre de ses propres enseignements. On ne peut lutter contre le mal en étant soi-même le problème. Sans le sens du Devoir, le Droit mène au déboire.

Clément ZONGO

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