Sams’K Le Jah : «Ma mère ne m’a mis au monde pour que je passe ma vie à lutter pour des gens»

Sams’K Le Jah est acteur de la société civile burkinabè. Figure de proue du Balai citoyen, il a participé activement à l’Insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 au Burkina Faso. A l’occasion de l’ouverture du procès sur le dossier Thomas Sankara, Faso7 a échangé avec lui, le 11 octobre 2021, sur quelques points clés en rapport avec ce procès historique, mais surtout sur des sujets plus personnels liés aux accusations de certains Burkinabè. Le Balai citoyen en voulait-il uniquement au pouvoir de Blaise Compaoré ? Sams’K Le Jah et le Balai citoyen ont-ils ‘’vendu la lutte’’ ? A cœur ouvert, Sams’K Le Jah se lâche !

Faso 7 : Est-ce que l’absence de Blaise Compaoré ne va pas laisser un goût d’inachevé à l’issue de ce procès ?

Sams’K Le Jah : Blaise Compaoré dit Jubal, présent ou absent, si la justice militaire a pensé que le procès peut se tenir sans sa présence, c’est que ça son importance. Encore une fois, cela corrobore les dires de leurs camarades, leurs compagnons d’armes, ceux qui ont travaillé avec (Thomas) Sankara, Blaise (Compaoré) et les autres. Ils nous ont toujours dit, nous pionniers, que ce sont des lâches.

Ce sont des gens qui ne s’assument pas. Pour nous, l’armée, ce sont des gens intègres, dignes, ce sont des gens qui s’assument. Au moment de l’assassinat de Thomas Sankara, Blaise Compaoré était capitaine et nous, étant pionniers, on rêvait de devenir des militaires. Si des lâches se sont retrouvés dans les rangs de l’armée, ça craint.

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De toutes les façons, il y a des témoins. L’armée a cette discipline que, tout militaire qui est de service, on connait sa position et très souvent, ce sont des moments qui sont notés et archivés. Donc, le 15 octobre 1987, on sait où se trouvait les uns et les autres. Mais encore une fois, Blaise Compaoré, il dormait, le 15 octobre 1987.

Mais ça ne nous surprend pas. Je n’aurais jamais imaginé Blaise Compaoré dans cette salle en face de Mariam Sankara. Il ne pourra pas regarder cette femme dans les yeux. Il ne pourra pas regarder Odile Sankara dans les yeux. Il ne pourra pas regarder Paul Sankara dans les yeux, au nom de ce que cette famille a fait pour lui. La meilleure stratégie pour lui était de fuir le regard de Mariam Sankara et la famille Sankara.

« Ne pas enregistrer (le procès), c’est quelque chose d’incompréhensible. Ça me révolte » (Sams’K Le Jah) – © Faso7

Faso7 : Vous avez demandé à ce que le procès soit diffusé, certaines organisations de la société civile également. Que pensez-vous de la décision qui a été rendue par rapport à cette requête ?

Sams’K Le Jah : D’abord, ce n’est pas une question de diffusion, juste d’archivage, rien que pour la mémoire, rien que pour les archives. Pour les chercheurs, pour les enfants qui vont naitre, le minimum était d’enregistrer ce procès. Et l’armée a un service média qui peut l’enregistrer et le sécuriser, quitte à la loi après de dire à quel moment l’enregistrement peut être déclassifié ou rendu public.

Mais ne pas enregistrer, c’est quelque chose d’incompréhensible. Ça me révolte. Je me demande à quel époque on se retrouve quoi ! On est dans un Etat de droit, même si c’est une justice militaire, c’est un procès historique parce que l’homme central dans ce procès, c’est Thomas Sankara. Ce n’est pas n’importe qui.

Vous allez faire des recherches, c’est l’un des rares présidents autour de qui il y a eu beaucoup de films documentaires. Les recherches continues sur Sankara et ça, c’est une occasion historique de permettre à des journalistes, à des chercheurs, de venir puiser dans des ressources comme celles-ci.

Malheureusement, ils ont décidé que ça ne soit pas enregistré, du coup, ça ne sera pas archivé. Ça veut dire qu’il va falloir compter sur la mémoire des journalistes et on sait ce que représente la mémoire humaine.

Faso7 : Si ce procès a eu lieu, c’est qu’il y a eu une insurrection. Mais depuis l’insurrection, une certaine franche de la population pense que l’objectif du Balai citoyen était de s’en prendre au pouvoir de Blaise Compaoré et ce que les Burkinabè vivent aujourd’hui ne vous intéresse pas. Que répondez-vous à ces accusations ?

Suivez la réponse de Sams’K Le Jah dans cette vidéo

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