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« Garde à vous ! »

Pendant que de dignes fils et filles du pays se battent à mort nuit et jour sur le terrain de toutes les hostilités, poussés à bout et jusqu’au bout ; persécutés partout entre embuscades et engins explosifs improvisés ; pendant que de jeunes soldats à la fleur de l’âge tombent les armes à la main, sur le champ de bataille en laissant parfois derrière eux, des enfants ou une femme enceinte ; pendant que tout le pays est en émoi et en état d’alerte maximum, d’autres se pavanent et se prélassent dans un certain confort douillet, loin du destin des martyrs qui se sacrifient pour la patrie.

Pendant que les uns sont au front pour affronter les effrontés et sauver la nation de l’affront, les autres sont en balade de santé avec sur le front un phallus brandi, prêt à tirer sur tout ce qui fait bouger les bijoux du froc. On a beau voulu se taire sur cette nième dérapage d’éléments égarés de la grande muette, le comble accule le bon sens ; notre coup de plume est celui de l’amertume. C’est renversant de voir que pour une histoire de fesses, on baisse la garde en même temps que l’honneur à mi mât de la discipline, juste pour prendre son pied et satisfaire au roucoulement du bas-ventre ; juste pour les menus fretins du bas.

C’est révoltant même de voir que l’on peut chanter fleurette à la femme d’autrui, aller narguer ce dernier sur son propre terrain et compter sortir indemne de ses propres turpitudes. Même sans défense, un homme digne ne peut pas se laisser marcher dessus par un autre homme qui courtise sa femme sous sa barbe. Plus qu’un simple rapport de force, c’est une question d’amour-propre. Il ne suffit pas de porter une tenue pour manquer de tenue avec la bienvenue sur fond de bévue. Il ne s’agit pas de porter un treillis estampillé des couleurs nationales et marcher avec un colt à la cuisse droite pour avoir le droit de faire la cour ou de ravir impunément la femme de l’autre.

Pour une affaire de mœurs, avait-on vraiment besoin de pousser l’outrecuidance au-delà du tolérable ? Quelle fierté peut-on tirer après avoir infligé à une population la sanction gratuite et injuste au nom d’une solidarité de corps à la peau dure, qui colle à la peau et met le reste de la troupe mal dans sa peau, parce que maladroitement déployée à Pô, par mépris et par déni ? Comment peut-on encore vendre chèrement sa peau au moment où on cherche à nous faire la peau ?

Au nom de quel idéal peut-on s’en prendre à ceux qu’on est censé défendre, ceux pour qui on est là, ceux pour qui on est prêt à se battre à mort mais qu’on tabasse à tort ? Après une telle bavure, au nom de quelle mission ou raison sociale, peut-on encore continuer à côtoyer les mêmes habitants molestés et à demander leur collaboration ? Avec quelle fière allure peut-on encore aller au marché ou circuler dans les rues « tranquillos », en exhibant la tenue qui fait autorité, les galons qui forcent le respect et l’arme qui défend et rassure le peuple ?

Après avoir tacheté l’uniforme de combat, que peut-on encore auréoler avec honneur, être respecté, admiré et adulé ? Pourquoi entre Burkinabè, on en vient à se comporter de la sorte envers ses propres frères et sœurs ? Trop de questions, mais la réponse est une : le sens de l’honneur ! Rien ne sert de vouloir dégainer après avoir lu cette chronique éthylique ; rien ne sert d’organiser une « battue à la Pô » contre Clément ZONGO ou s’en prendre à tous ceux qui liront ses verbiages.

Quand je pense à tous ces hommes et femmes en tenue, respectables et respectueux qui devront bon gré mal gré vivre avec, sans assumer ces expéditions punitives, j’ai mal au sens du « garde-à-vous » légendaire de la discipline militaire. Quand je pense à la souffrance de mes frères et sœurs militaires, policiers, gendarmes ou volontaires au front pour laver l’affront, je peine à retrouver mes propres érections de baroudeurs d’antan.

Quand je pense à tous ces jeunes soldats qui tombent à jamais sans jamais renoncer à avancer, j’ai mal pour le môme de cinq ans qui ira désormais à l’école sans être accompagné par son père ; j’ai mal pour la fillette qui célébrera ses prochains anniversaires sans papa et qui devra désormais grandir seule avec une mère relayée au double rang de père-mère. Et quand je pense que pendant ce temps, il y en a qui osent franchir le Rubicon pour marauder des bonbons de jupons sur fond de bastons, je contiens difficilement mes larmes et mon dépit.

Et dire qu’avec de tels agissements, on veut aller au front et revenir indemne par-delà les tabous et les totems. Cet écrit n’est que le cri de la vérité, l’indignation d’une plume qui saigne au pied de l’hécatombe de tous ces valeureux Burkinabè qui se sont battus au prix du sacrifice suprême, pour la bonne cause. Parce que, l’intégralité de notre intégrité ne sera pas reconquise sur des paillasses de frasques soldatesques. Elle le sera dans le respect mutuel, la cohabitation et la collaboration franche entre civils et militaires. Sinon, la fissure du mur sera le logis du venimeux lézard qui nous guette tous. « Garde à vous ! ».

Clément ZONGO

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