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Infrastructures communales :Les gares routières de Fada N’Gourma et Ziniaré sur « cale »

La circulation et le stationnement des véhicules de transport demeurent une préoccupation par les usagers au Burkina Faso. Dans les régions de l’Est (Fada N’Gourma) et du Plateau central (Ziniaré), des gares réalisées par les communes et leurs partenaires pour remédier à cette situation se retrouvent abandonnées. En effet, ces infrastructures non exploitées par les transporteurs routiers font perdre des recettes aux deux municipalités.

La situation est morose à la gare routière de Fada N’Gourma, ce lundi 30 août 2021 comme cela est le cas depuis sa construction en 2011 par la municipalité grâce au soutien de la coopération suisse. D’une superficie de 3,7 hectares (ha), l’édifice communal situé au secteur 11 à l’est de la ville, est envahi par des flaques d’eau stagnante à sa devanture, en cette saison pluvieuse. Pour y accéder, il faut devoir slalomer entre les petites crevasses qui montrent déjà à tout visiteur l’état de dégradation de la gare. Seules, quelques « poignées » de commerçants et restauratrices sont présents avec leurs marchandises.

Le joyau réceptionné en avril 2010, indique le directeur de l’Etablissement communal pour le développement (ECPD) de la commune de Fada N’Gourma, Jean Casimir Lompo, est réalisé en matériaux définitifs mixtes, en blocs de terre comprimés et en parpaing. Il dispose, en sus, de guichets, de bureaux, de magasins, de restaurants, de bâtiments administratifs et d’aires de stationnement.

Cependant, la probabilité de voir un car stationné dans cette gare est très faible, en dehors de quelques cars qui y font très rarement escale. A l’occasion, des vendeurs de pain et d’eau accourent pour « arracher » quelques billets ou pièces de monnaie aux passagers. Cette « chance » très rare, à en croire les riverains, est comme un phénomène cyclique dont il faut en profiter quand il se présente. Le maire de la commune de Fada N’Gourma, Jean-Claude Yendifimba Louari, estime à 600 millions F CFA dont une contribution de 500 millions F CFA de la coopération Suisse, le coût de l’érection de la gare routière de la cité de « Yendabli ».

Le maire de Ziniaré, Pascal Compaoré, souligne que le manque à gagner s’évalue à environ un million par an.

Pour lui, les grands trafics vers la capitale, Ouagadougou, la position non stratégique de la gare et les différents sièges des grandes compagnies de transport qui se trouvent à l’intérieur de la ville justifient le fait que l’infrastructure ne tourne pas à plein régime dans la zone. « Si une gare routière n’est pas bien située et que les grandes compagnies qui doivent la fréquenter ont déjà leurs propres gares, cette situation impacte négativement la fréquentation de cette gare», relate-t-il.

Des facteurs aggravants

A son avis, l’insécurité et la COVID-19, avec la fermeture des frontières, ont aggravé l’inexploitation de l’infrastructure due, entre autres, aux petits transporteurs qui embarquent et débarquent leurs passagers aux abords des voies. Selon Jean-Claude Yendifimba Louari, la mairie perd, ainsi par an, environ 15 millions FCFA, en matière de recettes fiscales. Et pourtant, aux dires de M. Louari, des textes sur le plan national invitent les compagnies de transport à fréquenter les gares des collectivités territoriales. «

C’est une infrastructure qui a bénéficié de nombreux investissements. Mais quand on fait le point en fin d’année, la commune ne tire pas grand bénéfice de la gare routière », affirme-t-il. Le locataire de l’hôtel de ville de Fada appelle, de ce fait, les grandes compagnies de transport à mettre en avant leur responsabilité sociale afin de soutenir le développement des communes. Le chef du service régional du ministère en charge des transports de Fada N’Gourma, Clément Namountougou, explique, pour sa part, que la morosité de la gare est liée à la double crise sécuritaire et sanitaire, en plus de la préférence des clients à l’autostop.

Le chef de gare de Fada, Somaïla Manli déplore l’absence de boutiques et de commerçants à l’intérieur des locaux.

« Comme les usagers ne se rendent pas à la gare, les compagnies de transports et les minicars communément appelés Dina ont aussi quitté les lieux », soutient-il. Clément Namountougou exhorte donc le conseil municipal à sensibiliser les usagers à une exploitation judicieuse de la gare routière. Le Secrétaire général (SG) du syndicat des transporteurs de Fada N’Gourma, Mahamoudou Sanogo, très remonté, soutient qu’à l’ouverture de la gare, les représentants des transporteurs étaient présents.

Tous les acteurs routiers, rappelle-t-il, étaient impliqués dans le processus de la gestion, à travers le comité de construction. « Tout le monde avait donné son accord et au moment de l’exploiter, certains ont refusé. Je pense que cela est lié à des considérations politiques », confie-t-il. Le SG du syndicat des transporteurs signale que les efforts pour ramener les routiers sur les lieux sont restés vains.

Pour lui, pendant que des personnes s’attèlent au retour des usagers, la mairie octroie toujours des places à des compagnies nationales de transport pour la construction de leurs gares à l’intérieur de la ville. « Si cela dépendait de nous, les transporteurs étaient depuis en gare. Aucune société n’allait stationner dans sa propre gare », martèle-t-il. Le chef de gare de Fada N’gourma, Somaïla Manli se plaint de son emplacement hors de la ville qui ne favorise pas sa bonne marche.

Le conducteur de Dina, Kogdia Tankoano qui rallie Fada N’Gourma-Kantchari partage le même avis que le chef de gare. Selon lui, la gare est vraiment vaste, mais inanimée. Pour lui, cette situation doit conduire la commune à revoir sa gestion. Clémence Sakoula, une passagère, en partance pour Pama et rencontrée au bord du goudron note que l’édifice communal est laissé à son propre sort. « Il est plus facile d’embarquer avec un véhicule aux abords de la voie parce qu’aucun transporteur n’est à l’intérieur de la gare », laisse-t-elle entendre.

Une gare sans occupants

Ce sont des rochers et des herbes qui dictent leur loi à l’intérieur de la gare
routière de Ziniaré.

Quant à la restauratrice, Fati Maïga, elle affirme que c’est la seule compagnie nigérienne Rimbo qui fréquente actuellement la gare sinon les autres l’ont désertée à cause de l’état défectueux de la voie. « Si la gare était animée, nos activités commerciales prospéreraient », avance-t-elle. Même son de cloche chez un vendeur installé non loin de là, Mahamadi Thombiano. La cinquantaine bien sonnée, l’homme dit être déçu de cette situation qui affecte les activités commerciales.

Le riverain, Yemboado Lompo exhorte, pour ce faire, la municipalité à trouver une stratégie pour une exploitation réelle du bâtiment. Ami Kièma, une autre riveraine embouche la même trompette que son prédécesseur en invitant la municipalité à résoudre cette équation. La gare routière de Ziniaré dans le Plateau central située au secteur 2 à l’Ouest de la ville est une infrastructure bien construite et clôturée à vue d’œil. Là, ce sont des rochers et des herbes qui dictent leur loi à l’intérieur du bâtiment. Sur les lieux, quelques vendeurs de pain et de boissons chaudes (café, thé) attendent impatiemment sous des arbres l’arrivée d’un véhicule pour pouvoir faire affaire.

Au bout d’une heure, un car d’une compagnie nationale fait une escale de cinq minutes avant de poursuivre sa route. La gare est fonctionnelle depuis plus de huit mois, mais est peu fréquentée. L’édile de la ville de Ziniaré, Pascal Compaoré, relate que l’infrastructure inaugurée en 2016, a été réalisée antérieurement à son mandat par la commune en partenariat avec les syndicats des transports. Cette infrastructure marchande possède, selon le bourgmestre, 20 boutiques aux alentours. Il mentionne que la gare est animée même si le degré de fréquentation n’a pas encore atteint le niveau souhaité. « Pour nous, l’ancien lieu occupé par les commerçants est devenu la place de la Nation.

Le maire de Fada N’Gourma, Jean-Claude Yendifimba Louari : « La municipalité perd environ 15 millions FCFA par an ».

Et il était un devoir pour nous de travailler à ce que la gare puisse être opérationnelle », dit-il. Le maire de la commune de Ziniaré relève que l’approche a peut-être manqué dans le projet de construction par une étude de faisabilité pour s’assurer de la rentabilité économique de la gare et du choix du site avec les usagers. « On inaugure une gare qui n’a pas encore d’occupants et voilà les résultats que cela donne. Nous étions obligés de travailler de concert avec les syndicats et les usagers pour qu’ils se déplacent dans la gare », poursuit-il.

Pour lui, cette situation constitue un manque à gagner pour les recettes communales qui peuvent s’estimer à environ cinq à dix millions FCFA avec l’ouverture de la gare en 2020. Le maire Compaoré souligne que la mairie est consciente du problème et s’engage à travailler dans la concertation et l’écoute attentive des usagers pour que la gare soit plus attractive, animée et plus fonctionnelle.

« J’invite les grandes sociétés des transports et les petits commerçants à l’intégrer afin de contribuer au renforcement de l’économie de la cité et surtout de rendre la commune plus visible et vivable », ajoute-t-il. Le directeur régional des Transports, de la Mobilité urbaine et de la Sécurité routière du Plateau central, Issaka Yankéné, explique que la nouvelle gare routière de Ziniaré est moderne et comprend un site de stationnement de véhicules et des guichets. Selon lui, les usagers sont habitués à l’ancien site situé à l’air libre sur la route de Kaya. Et c’est ce qui traduit, à son avis, le fait que la nouvelle infrastructure n’est pas réellement exploitée.

De l’avis du transporteur et président du syndicat des transporteurs du Plateau central, El hadj Sidiki Rabo, la COVID-19 et le transport en commun influencent négativement leurs activités.

Il renchérit que la commune et son département sont dans une dynamique de sensibilisation des transporteurs routiers pour une occupation réelle des lieux. « Le bâtiment communal est conforme aux gares standards et les usagers doivent l’exploiter parce qu’il est plus sécurisant pour eux », déclare-t-il. Aux dires du transporteur, El hadj Sidiki Rabo, par ailleurs Président du syndicat des transporteurs du Plateau central, l’affluence n‘est pas au rendez-vous depuis le fonctionnement de l’édifice communal. « La maladie à coronavirus et le transport en commun ont ralenti nos activités dans la ville de Ziniaré », s’indigne-t-il.

Le chef de gare de Ziniaré, Boureima Zoungrana, demande à la municipalité de sensibiliser les transporteurs à une exploitation réelle des lieux. « Si la gare fonctionne bien, la commune et les transporteurs profiteront des retombées », confie-t-il. Yacouba Zoungrana, un chauffeur de Dina à Ziniaré note que la gestion de l’infrastructure ressemble à une propriété privée au regard de l’anarchie qui y règne. M. Zoungrana recommande une résolution des problèmes internes pour une exploitation rationnelle des lieux.

A en croire, la vendeuse de pain et d’œufs, Salamata Zoungrana, il existe beaucoup d’arrêts dans la ville de Ziniaré justifiant l’absence de passagers dans la gare. Son collègue Abdoul Karim Sawadogo, vendeur de « café » estime qu’il faut sensibiliser les usagers et interdire les stationnements des véhicules aux abords des voies pour la bonne marche de l’infrastructure routière. Quant à la passagère Fatimata Ouédraogo, âgée de 22 ans, elle pointe du doigt le fait que les passagers ne sont pas libres de leurs choix d’embarquement. « C’est intenable de venir à la gare à 6 heures du matin et démarrer à midi », fait-elle remarquer.

Nida OUEDRAOGO

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