Economie

Blockchain et crypto-monnaies : « Pour bâtir la nation, ne devrait-on pas se prémunir en priorité contre tout ce qui tue l’esprit ? »

Dans les lignes qui suivent, Alpha Marcel Ouédraogo (AMO) tente d’apporter des éléments qui aideront ceux qui sont tentés de se tourner vers les crypto-monnaies à distinguer le bon grain de l’ivraie.

• LES ARNAQUES PROSPERENT

Pour bâtir la nation, ne devrait-on pas se prémunir en priorité contre tout ce qui tue l’esprit ?

La révolution portée par la blockchain est d’une utilité incontestable dans la maitrise de qualité des processus de gestion qui sous-tendent notre vie quotidienne. Un corollaire à cette révolution c’est cette facilité déconcertante de la création monétaire portée par cette blockchain, jadis du domaine sacré des autorités monétaires. La blockchain et les crypto-monnaies ? Que n’a-t-on dit et fait en leur nom ? L’odeur de l’argent inhérent à leur avènement a attiré tant de vautours avant que les gouvernants et les autorités monétaires ne s’autorisent à y jeter un coup d’œil.

Une absence que des rapaces ont bien savouré en balisant sous forme de territoires de perfectionnement de la terreur et où s’officient des séances de supplices réservées à ceux des citoyens qui s’y seraient égarés par mégarde ou qui auraient répondu aux reflets dorés du mirage sans visage ou plutôt sans image. Cette fois-ci, l’Afrique et l’Asie n’ont pas raté le train du progrès mais elles ont confondu le fourgon à bagages d’avec le wagon-lits. Serait-il trop tard de rejoindre ceux qui se sont déjà octroyés le cockpit huppé et sécurisé ? Non, parce que nous sommes encore du voyage ; fort heureusement.

Au Burkina, c’est bien dommage qu’en la matière, après la kyrielle des faits divers d’escroquerie exposée dans les media et les signaux des lanceurs d’alerte dont certains ont été très richement documentés, c’est bien dommage qu’on ait assisté au niveau national à pas grand’chose en actions concrètes au profit de cette jeunesse en perdition ; l’extension du phénomène aux zones rurales prédispose d’un suicide collectif de ceux qui devraient demain faire la fierté de la nation. C’est vrai que prêcher contre les arnaques en ligne pendant que les escroqueries de parcelles et autres pullulent sur le terrain relève d’un combat de titans. Nonobstant, se précipiter jeter l’éponge et on tombera KO (knock-out) comme le fut l’Afghanistan ; comparaison peu exagérée quand on mesure les effets destructeurs à court et moyen terme de cette « nouvelle religion. »

Au moment où le chômage des intellectuels est à son summum et que le besoin d’organisation de réseaux endogènes solidaires s’impose à cette jeunesse nantie de potentialités exceptionnelles qui devraient de facto favoriser l’éclosion d’entreprises plus assises et moins vulnérables il s’en trouve des individus et corporations guidés par la seule gloutonnerie d’amasser des richesses mal acquises ; des gens malhonnêtes, perfides et sans foi ni loi, pour s’acharner à détruire les fondements sociaux de nos pays en laminant sa base la plus vitale, la jeunesse. C’est un non-sens de construire des écoles, de financer l’éducation, de nourrir et de soigner de futurs concepteurs et producteurs qui seront sacrifiés à l’hôtel de la délinquance.

Le Burkina des trophées est en phase de remporter la palme d’or dans la discipline et ne pas siffler la fin de la récréation en assainissant le milieu expose la nation, à la descente aux enfers, là où se concoctent les stratégies de crimes organisés au service du vol et du viol, un terreau fertile au terrorisme sous toutes ses formes. Ça urge et la BCLCC (Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité), la Justice et globalement l’Etat devrait s’investir au-delà de la défensive (le traitement des plaintes quand y a plus rien dans les caisses ou quand les atrocités sont déjà consumées).

Une réelle hémorragie de l’épargne sécurisée des Caisses d’Epargne et de Crédit, des banques, et des greniers thésaurisés s’est installée sous les tropiques. Que de projets utiles et rentables oubliés au cours de ces cinq dernières années au profit d’illusions de liberté financière volatilisées abandonnant sur le carreau une armée de miséreux scrutant à longueur de journée des écrans d’où défilent des chiffres à vous donner le tournis mais sans possibilité de retour en espèces sonnantes et trébuchantes. Le phénomène me parait donc suffisamment dangereux qu’il me semble opportun de vous en parler.

J’espère dans les lignes qui suivent pouvoir apporter des éléments qui aideront le lecteur moins averti, cible privilégiée, à distinguer le bon grain de l’ivraie. Une gymnastique qui impose plusieurs encarts dans le texte surchargé de nombreux renvois en fin d’article. Nous intégrons là un milieu qui s’est attribué tout un langage spécifique utilisant de nouveaux concepts sur des mots connus, de l’anglicisme officiel ou local déroutant que j’ai tenté d’expliciter au mieux. Une déformation professionnelle me fait utiliser souvent, dans la paresse, crypto en lieu et place de crypto-monnaie, veuillez m’en excuser.

• Pour qui sont ces moucherons qui bourdonnent à nos oreilles ?

Chaque génération a son « guina-mory » mais guina-mory de cryptos-là, ça bouffe l’homme sans rien laisser, pas même les os.

Il y a eu QNET et quand on a cru avoir tout compris, QNET s’est métamorphosée au format du moment et continue ainsi de faire des victimes ; nous vivons aujourd’hui l’ère des émules, émules qui s’étant affranchies de leur tutelle, se sont suffisamment armées pour nous imposer une guerre féroce de conquête en s’attaquant stratégiquement au centre névralgique de la patrie. Au Burkina faso, comme partout ailleurs sur le continent, les arnaques enrobées de facettes autant hideuses que sournoises foisonnent au nom de la révolution crypto-monnaie.
Ce que les chefs de guerre de ce terrorisme ont retenu de la révolution blockchain, c’est exclusivement la crypto-monnaie. Les sorties de leurs « experts en carton » exposent un balbutiement visible des concepts, un piétinement des dogmes de base de cette révolution, une trahison par la fabrique d’une pyramide au sommet de laquelle, sa composante crypto s’y percherait.

Eux, ont réussi à se construire des entonnoirs orientés vers le sommet gérés par des « Coach » et des « Ceo, » à charge pour les « Leaders » de veiller au cheminement du grain jusqu’à ce sommet et de maintenir les pigeons en cage ; ils sont rémunérés à cet effet par des ponctions sur les entrées dit bonus de parrainage. Le pigeon capturé par l’exposition au grain, une fois en cage, n’en sort presque plus jamais.

Ce n’est pas trop extrapoler que de qualifier de sectes ces organisations dites de liberté financière qui fabriquent au sommet quelques gurus millionnaires voire milliardaires mais qui trainent au bas de l’échelle des milliers et des milliers de clochards. L’obligation à tout membre d’effacer l’extérieur qui tenterait de le faire réfléchir, l’interdiction de ne s’acoquiner qu’avec ceux qui sont prêts à rejoindre le groupe, la déification du coach, les vœux d’obéissance passive aux leaders, les engagements à foncer tête baissée vers le « paradis » et la prescription de proclamer « paria » qui parvient à se défaire des tentacules de l’hydre sont autant d’éléments qui militent en faveur de cette dénomination de sectes. Les victimes même affranchies ont honte d’avouer les tortures subies et restent tenues par la peur de dénoncer leurs geôliers : ils n’acceptent généralement de ne témoigner qu’en visage flouté.

• La secte des gurus à l’épreuve de la réalité.

L’endoctrinement commence par l’auto-proclamation de l’expertise exceptionnelle des « coach » et des « leaders » et de l’indexation de l’ennemi commun que forme ce conglomérat d’ignorants et de méchants qui manœuvrent à soumettre le monde à leurs pieds. L’entourage extérieur « athée » est un poison pour la communauté des élus. Ce monde extérieur est décrit comme habité par des pauvres exploités par des voleurs qui ne veulent pas que la jeunesse évolue et qui s’opposent farouchement à ce qu’elle s’enrichisse : les gouvernements, ce gouvernement ; les banques, ces banques ; les intellectuels, ces intellectuels et principalement ces salariés qui resteront pauvres toute leur vie s’ils se refusent au salut.

A l’épreuve de la réalité les modèles de business proposés évidemment s’écroulent mais eux, ne lâcheront jamais la barre. Ici les échecs sont inéluctables puisque le sommet se nourrit de la ponction effectuée à la base et qu’en dehors des investissements de prestige et d’un peu de placements hasardeux, l’argent collecté ne travaille pas. La stratégie d’utiliser l’argent des derniers pour flatter les premiers (le Ponzi) ne résiste pas à la chute naturelle de l’affluence au fil du temps. La justification de l’échec individuel enseignée est que le pigeon ne s’est pas totalement débarrassé de ses relations qui l’empêchent de décoller ou qu’il ne travaille pas assez, entendez par là, il n’amène pas assez d’adhérents au groupe.

L’échec collectif c’est quand le guru n’arrive plus à honorer ses engagements après l’application unilatérale des artifices de réaménagement de la dette et l’explication dans ce cas est que le gouvernement et les banques sont les fossoyeurs des initiatives salvatrices. Vous vérifierez que lors des manifs en la circonstance, les marcheurs s’en prennent vertement aux juges et à leurs huissiers, aux banquiers « géleurs » et aux gouvernants corrompus ; la stratégie pour la cause est de fédérer autant que faire-ce-peut l’opinion publique, les organisations de défense citoyenne, les panafricanistes, les chômeurs, les personnes vulnérables et toute autre composante sociale sensible à la confiscation de la ‘liberté d’agir’.

On pourrait se référer aux dernières manifestations à Ouagadougou de l’AIT (Association des Investisseurs en Trading) pour corroborer cette assertion. Fort heureusement, ce ciblage hypocrite, qui du reste est contre-productif pour les manifestants, tend à s’amenuiser au profit d’un timide sursaut ; mais il serait trop tôt d’espérer des victimes qu’elles admettent publiquement la mort du business ou qu’elles condamnent énergiquement les coach et les leaders de la dissipation de leurs économies ; néanmoins il nous a été donné de constater ce demi-réveil lors des manifestations de ces derniers mois au Togo, les manifestants reconnaissant s’être laissés tromper par les sociétés contre lesquelles ils demandent un appui, l’aide de l’Etat au recouvrement même résiduel de leurs investissements.

• Une perpétuelle requête de reconnaissance officielle

Les gurus et les « coach » sont dans la course permanente aux distinctions telles les certificats, trophées et gadgets publicitaires estampillés à leur effigie ou à celle de l’organisation, toujours à la chasse aux symboles antiquaires, aux labels « internationaux » ; tout pour leur déification. Nul ne saurait vérifier de manière indépendante la localisation physique des centres d’évaluation et d’attribution de ces récompenses exceptionnelles, encore moins l’authenticité des décoratifs arborés si ce n’est en réalité des pacotilles d’industries souterraines.

Londres, Dubaï, l’île de Panama, etc. sont les cités privilégiées supposées abriter tel ou tel business. Les leaders sont chargés d’utiliser tous les outils de propagande à leur portée, notamment les réseaux sociaux pour assurer le plein succès aux diffusions de ces annonces. L’agressivité voire la terreur dans leur démarche ne fait aucun doute.

Les séminaires d’onctions, se déroulant le plus souvent dans des aires de haute facture, des efforts exceptionnels sont développés aux fins de s’assurer la présence d’officiels, d’artistes et/ou de responsables religieux qui souvent croient participer à d’innocentes initiatives d’entreprenariat au profit des jeunes. Au Burkina, de respectables officiels ont eu leur notoriété mise à rude épreuve par suite de leur présence dans les clichés de propagande de ces sociétés aux comportements contraires à leur objet déclaré et qui sont, au demeurant, le plus souvent objet d’intérêt pour la Justice. Leur adage selon lequel la justice ne peut nullement statuer sur cette nouveauté parce qu’inconnue des services judiciaires commence à ne plus porter, les plaignants comprenant que tout vol commis, que ce soit dans une fusée ou dans un grenier est un délit recevable par les juridictions du monde.

• Des pièges tendus aux media

A la tricherie de positionnement s’ajoute souvent un jeu sournois de cache-cache d’avec certains media ; face à des journalistes qui ont peur de chercher à comprendre les mots anglais peu courants usités et donc peur d’ébranler la citadelle par des questions pertinentes, c’est un boulevard qui leur est ouvert et encore que pour le service commercial, les coach et les leaders sont des clients qui paient bien.

Ainsi au Burkina les titres des journaux parlent d’eux-mêmes ; « La société X, leader burkinabé sur le marché du Forex », « milliardaire à 24 ans », « un burkinabé remporte deux prix en trading », « le kama-kolo, crypto-monnaie-espoir de l’Afrique ». Ces derniers temps, les récits de faits divers concrets semblent s’imposer à ces media qui titrent alors : « escroquerie à la crypto-monnaie : un individu…, » « un cyber-escroc arrêté par la BLCC », « en un an, c’est la quatrième grosse tête du trading qui tombe en Afrique, pour les mêmes raisons de Trading, Crypto-monnaie ou MLM » ; cependant certains organes persistent toujours à l’accompagnement ; par ignorance, par complicité ou pour tout autre raison ? Je ne pourrais en tirer de conclusion certaine.

• De savantes falsifications de partenariat.

Les cartes VISA prépayées sont souvent utilisées à cet effet. Généralement certaines banques permettent à des sous-traitants de personnaliser ces cartes en y surchargeant le logos des entités utilisatrices. La société détenant les numéros de cartes de ses adhérents les alimente comme nous le faisons pour nous-même ou pour nos proches. Il ne manquait plus que ça pour qu’un jeune burkinabé utilise une carte Visa surchargée « Liyeplimal » dans un distributeur de billets à un faubourg de Dano et enregistre une vidéo s’extasiant devant ce qu’il considère comme miracle et proclamant que l’affaire de Liyeplimal-là, c’est du concret et quiconque refuserait d’y adhérer, demeurera pauvre le restant de ses jours.

Le non-sens de l’opération, c’est que notre endoctriné se réjouit d’avoir réussi à transformer son argent réel à Dano en une écriture de créances plus-perdues que douteuses à Douala et qu’ensuite il se satisfait du retrait de quelques miettes à Dano. Les chiffres alignés sur la plateforme web de Liyeplimal n’ont de contrepartie en disponibles (liquéfiable) que de par la volonté d’un gars assis quelque part à Douala ou à Dubaï (il vient d’autorité d’en durcir les conditions de retrait et d’en rationner les montants).

Les miséreux sont suspendus aux desiderata de ce directeur d’une société qui n’a aucune autorisation légale pour exercer une quelconque collecte de fond et qui dilapide ouvertement les « emprunts » (considérés comme « subventions non remboursables ») dans des investissements de prestige et dans des séminaires et autres voyages mondains. Rien à voir avec les crypto-monnaies ou les transactions classiques. Pour info, cette opération de collecte de Liyeplimal se chiffre pour le seul Burkina faso en milliards de francs CFA.

• L’endoctrinement par les séminaires de formation.

Les séminaires ? C’est l’évangile du salut. Le baptême commence par : « Bienvenu cher leader, le leader qui t’a conduit ici, ne te veut que du bien, il t’a sauvé la vie, bénis-le ; Il t’a soustrait des tentacules du diable ». Le gouvernement et les banques ? Tous des voleurs ; ils t’en donnent combien ? Au plus 5% alors qu’avec ton argent ils font ce que nous faisons ici. Mon cher leader, ici et maintenant, dis adieu à la pauvreté. Ya même des ministres dans notre business, de grands hommes d’affaires ; si quelqu’un comme Dangoté t’explique comment il a eu l’argent, tu comprendrais plus rapidement.

Regarde comme c’est facile sur une pyramide, on appelle ça MLM (Multi-Level-Marketing) qui signifie se tenir les uns SUR les autres pour s’enrichir ; tu commences aujourd’hui en bas, si tu arrives à amener des fidèles, tes filleuls, tu vas monter plus rapidement, et en trois mois ou moins tu peux doubler ta mise sans compter les plus de 100% de ton ROI (retour sur investissement, de quelques semaines à un an) qui te reviennent de droit. Tu ne peux pas ne pas devenir millionnaire ici. Rien qu’avec un départ de 100.000 fcfa et un travail assidu de construction du réseau de la famille, c’est dans la poche, et surtout fonce comme le taureau au jet du foulard rouge et comme l’aigle affamé ; rendez-vous au sommet, cher leader.

En dehors d’une narration ordonnée sur des modules comme le développement personnel, des packages disponibles quasi-gratuitement sur internet, tout au long du cours, c’est l’endoctrinement du « bull » (le taureau qui fonce et qui doit ébranler le mur pour passer ou mourir, l’aigle qui se concentre et qui bondit sur le poussin avec la certitude d’arracher ou de périr). Les réelles approches de crypto-monnaies, du trading ou du fonctionnement des marchés sont enrobées d’un anglicisme comme pour cacher quelque chose de mal-maitrisé ; ces cours trouvent un terrain fertile au contact d’individus ayant opté de sécher les cours académiques pour le rendez-vous au sommet.

Le but poursuivi est que les séminaristes puissent se défendre du monde extérieur hostile même s’ils n’en ont pas la capacité : ceux qui parviennent à retenir les gros mots et à en prononcer dehors pourraient ridiculiser l’ennemi, ces cols blancs qui pensent que c’est user ses culottes à l’école de longues années durant et surtout ces « thèseurs » d’économistes, de banquiers ou d’informaticiens qui ignorent même ce que veut dire blockchain, trading ou broker ; ils mourront dans leur ignorance.

On se convainc du niveau piteux de ces professeurs auto-proclamés experts lors de leur sortie dans les media ; on se rend vite compte que les concepts de base sont tripatouillés. Il est difficile de réussir la vulgarisation d’un système si on n’en maitrise pas son domaine ; et ce qui peut arriver c’est que le ridicule s’invitât dans la communication vous forçant à vouloir vous dérober par des échappatoires qui galvanisent des foules de pigeons « un smartphone vaut mieux qu’une maitrise » mais qui amusent bien les avertis.

La formation se conclut très souvent par une directive à l’apprenant qu’il reste en contact avec le formateur voire avec l’organisation, ce qui sera matérialisé par la souscription à un business spécifique sous le regard magistral de la nébuleuse secte. C’est la validation post-formation sous forme de travaux pratiques apparemment anodins est en réalité un signal d’appel à recrutement dans la secte.

• Le CFA/ECO, la MNBC et la CRYPTO-MONNAIE

Je ne peux, au risque d’une erreur grossière de pédagogie, sur les quelques lignes qui suivent, oser une complète vue de l’économie monétaire ou une explication détaillée de la blockchain ou de la crypto-monnaie. Je souhaiterais plutôt chercher ici à amener le lecteur indifférent à s’intéresser à certains aspects de la blockchain, notamment monétaire (crypto-monnaie), ce pourquoi en première approche je vous conduis dans l’univers des crypto-monnaies. J’ai choisi de lancer à la fin de mon exposé un appel à réflexion sur les enjeux de la souveraineté monétaire à la lumière des projets de MNBC (Monnaie Numérique de Banque Centrale) avec en filigrane une effraction dans les débats citoyens sur le franc CFA.

Voici ce qu’affirme le Royaume-Uni qui préside le G7 le 14 octobre 2021 : « l’innovation dans la monnaie et les paiements numériques a le potentiel d’apporter des avantages significatifs, mais soulève aussi d’importantes questions de politique publique et de réglementation. » Et dans le rapport final on peut lire : « les MNBC ne doivent pas nuire à la capacité des banques centrales de remplir leurs fonctions de stabilité monétaire et financière ». Le rapport ajoute « qu’aucun projet mondial de ‘stablecoin’ ne devrait commencer à fonctionner tant qu’il ne répondra pas de manière adéquate aux exigences légales, réglementaires et de surveillance pertinente ». Les stablecoins pourraient avoir une accointance très risquée sur les MNBC tellement ils sont voisins dans leur nature, hormis la présence ou l’absence d’autorité ; ce pourquoi les pays concernés et le G7 s’y intéressent particulièrement.

• La création monétaire et les offres de placement

• De la création monétaire

La blockchain est une technologie qui, entre autres fonctionnalités, offre la possibilité à qui veut de créer soit une blockchain et son « coin » natif, soit un « token » généré à partir d’une blockchain existante qui en a les fonctionnalités. La création d’une blockchain et de son coin, même en copie, exige des infrastructures matérielles et logicielles suffisamment onéreuses pour décourager les plaisantins tandis que celle d’un token est à la portée de n’importe quel quidam. C’est vrai que la littérature même spécialisée confond allègrement le coin et le token mais il y a des situations où une clarification préalable s’impose. Bitcoin (BTC) est le coin de la blockchain Bitcoin, Ether (ETH) est le coin de la blockchain Ethereum ; sous la blockchain Ethereum gravitent à ce jour plus d’un millier de tokens qui sont des crypto-monnaies plus ou moins vivantes, plus ou moins célèbres. Ce sont les coins et les tokens qu’on appelle crypto-monnaies.

Les monétaristes se réjouiront d’y rencontrer les affiches monétaires telles que l’abréviation (BTC, ETH à l’imitation de CFA, EUR) présente dans les cotations boursières, des caractéristiques telles le symbole, ce que je ne peux dessiner ici, etc. La masse monétaire est fixée ad vitam aeternam à la création ; la gestion efficiente de cette masse et de sa mise en circulation sont automatiquement régulées (on n’aime pas le mot « régulé » dans la crypto-sphère) par le minage ou autres artifices utilisant la cryptographie.

• De la valeur de la pièce ou du jeton

Le créateur de la pièce ou du jeton exécute une phase d’appel à participation de son projet (comme par expl. l’ICO = Initial Coin Offering = Offre initiale avantageuse de pièces ou de jetons), phase au cours de laquelle la valeur ou la quantité offerte profite aux premiers adhérents (on n’est tout de même pas dans le cas d’une pyramide de PONZI) et qui se clôture par l’entrée au marché de la crypto à la valeur unitaire ; c’est un peu comme la « valeur faciale » sur les monnaies classiques à la différence que cette valeur ne peut être gravée et n’a pas de sens dans le concept de la crypto-monnaie. Il y a des cryptos qui meurent à cette étape et qui ne se retrouveront plus jamais sur le marché. S’il y a échec d’ICO, c’est très rare que les placements reçus soient remboursés (première offre de placement, première possibilité d’arnaque). Avant d’investir dans une nouvelle crypto, il faut donc bien s’informer de la qualité du projet qui le sous-tend, de la réalité des membres de l’équipe, etc. en allant au-delà des livres blancs et des videos Youtube, tant les arnaqueurs ont l’imagination fertile.

La phase d’entrée sur les places boursières s’enclenche après celle de l’appel à participation. Il y a des places boursières (échangeurs) accessibles aux cryptos peu célèbres, ou qui viennent d’être créées comme (latoken, bittrex, uniswap, etc.) et d’autres moins accessibles comme (cex, bitstamp, huobi, etc.) ; certaines places boursières vous acceptent mais vous classent à un niveau d’attente. A cette phase, sans la complicité de la place boursière (de l’échangeur représentée par une plateforme web) l’arnaque devient très compliquée voire impossible, à moins que ladite plateforme ne soit hackée (attaquée) de l’extérieur. Au contraire du monde des FIAT (monnaie classique), c’est le marché sous les « influenceurs » du monde des analystes techniques et fondamentales, des célébrités qui fixent de manière dynamique le prix : il ne peut y avoir de dévaluation ou de réévaluation.

• Des offres réelles de placement (investissements)

Pour bénéficier de ces nombreuses offres d’investissement dans les crypto-monnaies on peut s’auto-former et mener une stratégie de gestion de portefeuille adéquate, ce qui est accessible aux intellectuels et surtout à ceux qui sont du domaine des finances, de l’économie, de l’informatique, du marketing, etc. ; à défaut il faut s’orienter vers l’appui des structures qui ont et le savoir et l’honnêteté de ne pas vous recruter dans une secte.

Comment on devient investisseur en crypto-monnaie ? Tout commence par la création d’un wallet ; le wallet c’est votre portefeuille dont il faut soigneusement garder les clefs (des codes) ; ne jamais les divulguer, ne jamais les perdre, sinon adieu votre fortune.

C’est sur la base des analyses de marché et à l’écoute des analystes que vous pouvez devenir millionnaire. Et, pour ce faire, fuyez, comme la peste, les intermédiaires et les vendeurs d’illusions qui n’ont que le smartphone pour référence. La paresse qui consiste à confier ses économies aux prétendus traders célèbres vous expose à une descente aux enfers garantie à presque 99%. Vous pouvez essayer le trading par vous-même après une sérieuse formation et dans ses attributs les plus simples comme acheter quand la crypto perd de la valeur et la revendre quand elle prend de la valeur ; vous pouvez le faire à très court terme ou à moyen terme. Sachez que le trading dans ses fonctionnalités avancées est à très haut risque, plus de 95% d’échec, donc très, très peu de chance de se hisser au rang des millionnaires par cette voie. Heureusement une nouvelle opportunité accessible à tous est offerte par les DeFi (Decentralized Finance = Finance Décentralisée) ; il s’agit de l’épargne et autres produits de la finance traditionnelle avec la blockchain comme banquier ou comme intermédiaire ; les modèles de placement ont été décuplés par les capacités de la blockchain à l’occasion et les risques sont mieux gérés.

• Les cryptos et la régulation de l’activité économique

• Se prémunir contre les immixtions dans nos politiques monétaires
Les crypto-monnaies peuvent-elles nous affranchir des diktats extérieurs, diktats qui s’expriment par la confiscation de nos leviers économiques à travers la dictature monétaire dont celle du franc CFA ? La réponse est oui, mais… Oui, parce que comme il a été décrit, l’absence d’autorité est l’une des principales caractéristiques de la crypto-monnaie. Il nous suffirait donc, à la suite du Salvador, de déclarer le bitcoin « monnaie ayant cours légal dans l’espace CEDEAO » et adieu le franc CFA. Parfait ! Mais, on ne serait pas sauvé pour autant si on en restait là.

Depuis très longtemps la monnaie s’est universellement imposée moteur de l’économie, que cette économie soit ouverte ou fermée. C’est l’utilisation stratégique des leviers qu’elle offre qui permet de déclencher, de nourrir, d’orienter et de booster le développement attendu d’un espace économique donné ; cela relève de la compétence des autorités monétaires. Au cours de l’histoire les pièces de monnaie ont colporté l’expression de cette puissance incarnée des empereurs à travers la gravure sur l’une et/ou l’autre face, leurs figurines et/ou les sceaux de l’empire.

• L’incompatibilité entre le « décentralisé » et la « souveraineté »

Si l’on décidait d’adopter les crypto-monnaies et donc l’absence d’autorité, nos autorités monétaires perdraient la totalité de leurs capacités de gouvernance et par ricochet le contrôle de leur économie. Elles nous abandonneraient donc à la merci du marché directement dominé par les « influenceurs » comme les Elon Musk et il suffirait d’un tweet (annonce sur twitter) d’une de ces « baleines » des cryptos pour que nos économies s’effondrent. On se retrouverait alors dans une situation désastreuse à la risée de ceux qui nous maintiennent arrimés au franc CFA. Les crypto-monnaies ont à leur crédit beaucoup d’avantages, entre autres, la transparence, l’inviolabilité, et la liberté ; encore que dopées de l’innovation des « smart-contracts », elles permettent de purifier et de sécuriser les transactions entre acteurs de l’économie, de la banque centrale aux banques commerciales, de l’étalage des épiciers de Zaabr-daaga au portefeuille de la ménagère. Le dilemme qui se pose aux gouvernants c’est comment s’offrir ces atouts des crypto-monnaies et continuer à garder les leviers de management de l’économie ?

• La MNBC comme tremplin sérieux à l’avènement de la monnaie unique

• Qu’est-ce que c’est que la MNBC ou le CBDC ?

C’est difficile de cerner toutes les dimensions d’un concept pour un système qui est à son balbutiement ; néanmoins au regard des avancées dans le domaine, on peut se permettre d’en baliser des contours. On constate que c’est cette histoire de décentralisation sans autorité monétaire qui pose problème entre les crypto-monnaies et les monnaies dites classiques.

Pour pallier cette « entorse », des pays ont déjà réfléchi et cherché à inventer un système monétaire qui puisse bénéficier de la révolution tout en restant centralisé : ainsi naquit la MNBC (Monnaie Numérique de Banque Centrale) ou en anglais le CBDC (Central Bank Digital Currencies) qui évoluera aux alentours de la blockchain ou intégrée à elle. La MNBC est une monnaie dont le cours et l’émission sont basés sur la monnaie matérielle de la Banque Centrale, une représentation conforme de l’unité monétaire de la Banque Centrale. L’autorité monétaire centrale décide de son cours et de sa masse. Le pays qui nous donne l’exemple est la Chine où la phase pilote du projet est presque achevée et concluante. Alors, une MNBC pour nous débarrasser du franc CFA ? C’est possible avec en prime des apports hautement bénéfiques au-delà des prévisions du projet ECO.

• Des pionniers chez nos voisins anglophones

Le Nigéria vient de lancer directement sa MNBC ce lundi 25 octobre 2021 sous l’appellation de eNaira, le Ghana est toujours en phase pilote avec son eCedi, toutes ont été précédées par le eYuan de la Chine. La mise en place de la MNBC dans une zone monétaire donnée ne trouble en rien le modèle économique usité toujours laissé aux mains des décideurs monétaires de la zone. Rien que des avantages !
Le problème qui s’est posé à la création de l’ECO dont l’adoption aurait pu être effective ici-et-maintenant était que certains indicateurs macroéconomiques pertinents manquaient de convergence. On peut comprendre alors que les pays anglophones de la zone n’aient point attendu les autres avant de s’approprier le projet de la MNBC. Cette démarche individuelle peut-elle nuire ou favoriser l’avancée de l’avènement de l’ECO ? Mon avis est qu’elle va favoriser l’avènement de l’ECO si une volonté politique contraire n’en fabrique de goulots d’étranglement qui par ailleurs ne se justifierait d’aucune raison sérieuse.

• Deux ans pour l’avènement intégral de l’Eco, c’est désormais possible.

Il suffit à présent que des pays comme la Guinée ou des ensembles comme l’UEMOA, à la suite du Ghana et du Nigéria lancent leur MNBC ; en capitalisant l’expérience de de ces voisins pionniers et une année suffirait à l’exécution d’un tel projet. Et déjà des avantages au niveau local seraient perceptibles comme une accélération de la vitesse de circulation de la monnaie et donc un plus dans la croissance comme le confirmeraient les économistes.

On aura fait un pas de géant vers la monnaie unique ECO. Le reste, le prétendu épineux problème de la convergence positive des indicateurs macroéconomiques, ce prétexte pourrait être contourné par une interface entre ces MNBC, interface qui conserverait les différences et engrangerait avant terme les atouts attendus du projet ECO. Cette interface préparerait convenablement la convergence des indicateurs en toile de fond qui disparaitront d’eux-mêmes au signal d’une certaine ligne verte programmée.

La bonne nouvelle c’est que cette interface existe déjà, en « test concluant » dans les serveurs de VISA, un an suffirait à l’implémenter. L’avantage de rejoindre cette proposition de VISA après l’implémentation des MNBC, c’est déjà de ne plus dépendre des autorisations et intermédiations d’un quelconque pays et de nous intégrer directement dans la cotation de nos devises à l’international. Chaque pays ou zone rejoindrait plus facilement les autres tout en capitalisant progressivement les avantages du système.

Interrogations :

Ainsi l’avènement de la monnaie unique ECO pourrait s’annoncer plus tôt que prévu et sa promulgation juste une rencontre protocolaire pour officialiser la pratique du terrain. Alors je m’autorise aux questions suivantes :

• Les pays francophones chercheront-ils à s’informer et à capitaliser les expériences de la Chine, du Ghana ou du Nigéria pour avancer plus rapidement ?

• Nos pays pourront-ils résister aux sirènes qui n’hésiteront pas à salir la marmite en y jetant des goulots d’étranglement à l’effet de provoquer l’avortement de cette approche par la MNBC ?

• Ces pays, lanceront-ils, après analyse, la commande auprès d’opérateurs expérimentés ?

• Ou – ce qu’il faut redouter – attendront-ils que la BCE développe puis expérimente son système et qu’elle juge de l’opportunité ou non de le leur vendre ?

par Alpha Marcel Ouédraogo (AMO)
e-mail : [email protected]

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