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Drame d’Inata : Réveillons-nous !

Désormais, au Burkina Faso, les attaques terroristes sont en passe de devenir une banalité. Aux premières heures de leur perpétration par les terroristes ignorants et cruels, l’onde de choc nous étreint tous et fait charrier des vagues d’émotions sur les réseaux sociaux. Mais aussitôt les larmes séchées, chacun vaque tranquillement à ses occupations. On se débine le plus souvent en appelant au secours Dieu, Tout-puissant de nous venir en aide ; occultant du même coup que les forces du mal ont aussi la lâche prétention d’agir au nom du même Dieu. Ce qui s’est produit à Inata aux confins de la frontière malienne au petit matin du dimanche 14 novembre 2021 est révoltant et consternant. C’est le comble de l’inacceptable qui a été donné à voir.

Au-delà du carnage perpétré par les terroristes englués dans leur volonté de nuire absolument, il y a lieu de s’appesantir sur un cas y relatif. Après que l’information ait été donnée sur le bilan provisoire de l’attaque d’Inata par le ministre de la Sécurité sur la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB), une correspondance du chef de détachement datant du 12 novembre 2021 a largement circulé sur les réseaux sociaux. Dans cette note confidentielle qui a fuité, il est fait cas d’un « urgent besoin de ravitaillement », de « détachement en rupture totale de provision alimentaire ». La note poursuit en soutenant que le détachement s’alimentait depuis deux semaines grâce à l’abattage des animaux aux alentours de la caserne. Si cette correspondance est authentique, cela n’honore personne. Cette situation d’abandon du détachement d’Inata est une honte nationale.

Inutile de rappeler que les Forces de défense et de sécurité (FDS) déployées dans cette localité fantôme sont en permanence sur le qui-vive. Inutile de dire que la localité est coupée du monde depuis un certain temps à cause des engins explosifs enfouis çà et là sur les voies d’accès à Inata par les forces obscures. Comment, au regard de cette rude réalité, laisser finir les provisions du détachement au point que le chef de détachement lance ce qu’il faut appeler un cri de détresse ? Patriotes soient-elles, les FDS peuvent-elles avoir le moral assez solide pour faire face à l’adversité dans cet état de délabrement ? Quel que soit leur dévouement pour la défense de la patrie, nos braves FDS peuvent-elles tenir sans le minimum de ressources alimentaires ? Il est inutile de se faire des illusions en pensant que c’est dans une telle posture que le terrorisme sera vaincu dans notre pays.

Il faut le dire sans ambages, le lourd bilan de l’attaque du 14 novembre 2021 est la résultante de l’état d’abandon dans lequel se trouvait le détachement d’Inata. Cet état de fait interpelle une fois de plus la conscience de chacun sur notre responsabilité dans le malheur qui nous étreint. Les terroristes ont beau être imprévisibles, chaque fois que nous refusons d’assumer correctement nos responsabilités individuelles et collectives, nous les rendons encore plus nuisibles. Même si certains prédisent déjà le chaos, il est encore temps de reprendre du poil de la bête en ayant le courage d’affronter le miroir de nos consciences. Simples citoyens, leaders politiques et d’opinions, autorités gouvernemen-tales et militaires, le temps de la patrie a sonné pour chacun. Il est vain de se complaire dans des vœux pieux.

Il faut agir honnêtement et avec un engagement patriotique pour venir à bout de la nébuleuse terroriste. Il faut mettre de côté nos petits calculs malsains et égoïstes pour sauver le pays de ce désastre qui, à long terme, n’épargnera personne. Arrêtons les invectives et les jeux de ping-pong verbal pour regarder avec froideur l’enlisement qui nous guette. Pour une fois, osons sortir de nos petites mesquineries inutiles pour défendre notre pays qui est en train d’être encerclé de toutes parts. Mettons fin à cette fuite en avant qui consiste à vouloir à tout prix jeter la responsabilité du cancer terroriste sur autrui. Un monstre est survenu de nulle part avec le funeste projet de nous anéantir, nous avons le devoir impérieux de nous lever pour lui barrer la route. Pour une fois, ayons l’humilité d’affronter nos consciences pour qu’une aube nouvelle advienne pour chacun de nous. En réaction à l’indignation face à la situation nationale, le Pr Jacques Nanéma faisait à propos ce constat si réaliste : « Les problèmes de notre pays sont portés à bras le corps par nous-mêmes, fomentés dans nos têtes vides d’amour pour la patrie, macérés dans nos cœurs de pierre rendus insensibles par les appétits féroces de biens, fermentés dans nos ventres voraces, digérés dans nos gosiers avides, enfouis dans nos poches trop profondes, configurés dans nos esprits mesquins, petits et minables ». Affrontons courageusement nos consciences pour nous élever au-dessus de nos petits sentiments étriqués qui risquent de nous étriper à peu de frais.

Karim BADOLO

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