Les faits divers de Zatibagnan│Les larmes de Safi (épisode 1)

Ce fait divers sera plus long que d’habitude parce que l’histoire est complexe. Il sera compartimenté en épisodes avec des suites à lire chaque vendredi. Bonne lecture !

Safi est une très belle jeune fille. Elle est originaire de Bobo-Dioulasso. Ayant obtenu son baccalauréat, la jeune demoiselle aux belles courbes a quitté son Sarfalao natal pour rejoindre Ouagadougou afin de poursuivre ses études universitaires dans une prestigieuse école de la place. Ses parents étaient fortunés. Ils voulaient le bien pour leur fille. Le meilleur. Mais étaient assez patriotes pour la maintenir au Burkina Faso natal.

Safi était intelligente. Cela se ressentit rapidement dans ses résultats universitaires. Puis, elle rencontra Joël. Un pimpant et fringant jeune lieutenant de l’armée burkinabè. Il avait fière allure avec sa tenue impeccablement cirée. Il avait le respect du drapeau national chevillé au corps. La dignité et la nation avaient pris une notion particulière dans son sang. Le devoir portait chez lui une signification qui allait au-delà du sacré.

Lorsque la guerre contre les terroristes éclata, lui qui fulminait parce qu’on le maintenait à ne rien faire à Ouagadougou, se présenta parmi les premiers volontaires pour aller porter le fer dans le cœur de l’ennemi.

C’est avec fierté qu’il lui racontait, les soirs où il avait un peu de répit, les exploits de ses hommes sur le champ de bataille. Son détachement se démarquait en effet par sa hardiesse et sa combativité. Safi était contente et fière en l’écoutant. Mais elle était aussi inquiète quant à l’idée de savoir qu’il risquait ainsi chaque jour sa vie. Son jeune chéri lui répondait alors : « il faut bien que la tige de maïs meurt pour que ses graines puissent vivre et faire pousser encore d’autres tiges de maïs ! ».

« Ceci est mon choix de vie. Ceci est mon choix de sacrifice. Ceci est le but de mon existence. Accepte-le »,  lui a-t-il dit. Et ceci a clos la parenthèse de ses inquiétudes. Elle vivait désormais avec ce choix fait par son chéri. Un choix difficile à  porter par ses proches. Si elle l’estimait injuste, qui méritait alors d’aller risquer sa vie pour le pays ? Si elle l’estimait juste, qui était-elle pour encourager l’enfant d’autrui à aller mourir pour le pays ?

Mais elle accepta de porter le choix de son chéri. Vivant dans la joie le jour où il débarquait à l’improviste pour profiter d’un court congé. Et dans l’anxiété le reste du temps où il esquivait les balles tueuses de l’ennemi et donnant des coups pour que ses compatriotes continuent de respirer l’air de la liberté, d’aller au cinéma et d’avoir la latitude de dialoguer avec la démocratie.

Un soir, alors qu’elle se débattait avec un devoir de maison, une copine l’appela au téléphone : « va vite sur la page Facebook du média …. Ah, on dirait que le coin du chéri a été attaqué ! ».  

Ce sont les doigts tremblants qu’elle prit son téléphone, ouvrit la page Facebook et ce qu’elle avait craint depuis six mois était écrit devant ses yeux déjà remplis de larmes : le détachement de Joël est tombé dans une embuscade alors qu’il se lançait dans une offensive contre l’ennemi…

La suite vendredi prochain !

Zatibagnan

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