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Procès Thomas Sankara : quand ‘’ Kadhafi ‘’ se cache chez une dolotière

Le procès du dossier Thomas Sankara et 12 autres victimes s’est poursuivi, le lundi 22 novembre 2021, au Tribunal militaire de Ouagadougou avec les auditions des témoins, du médecin militaire Bognessan Arsène Yé, de l’adjudant-chef major de gendarmerie à la retraite, Boukary Kouliga Douamba dit Kadhafi, de l’adjudant-chef Patrice Ouédraogo et de l’adjudant-chef major Victor Zongo.

Quatre témoins ont comparu le lundi 22 novembre 2021 au Tribunal militaire de Ouagadougou délocalisé à la salle de banquet de Ouaga 2000 dans le cadre du procès de l’affaire Thomas Sankara et 12 autres victimes. Il s’agit du médecin militaire Dr Bognessan Arsène Yé, membre du Conseil national de la révolution et les trois éléments du service de renseignement de la gendarmerie, l’adjudant-chef major Boukary Kouliga Douamba dit Kadhafi, l’adjudant-chef Patrice Ouédraogo et l’adjudant-chef major Victor Zongo, tous à la retraite. Après avoir juré de parler sans haine et de dire la vérité, rien que la vérité, le témoin Victor Zongo, 66 ans, chef de village, a livré sa version des faits. « Mon nom de chef est Naaba Sida qui signifie vérité en mooré. Par conséquent, je ne dirai que la vérité », a-t-il affirmé. Le 15 octobre 1987, l’adjudant-chef major Zongo a confié qu’il s’est rendu au service de renseignements entre 9 heures et 10 heures plus précisément au service de contre-espionnage. Arrivé, il dit avoir constaté l’absence de son chef, Tenga Boubakar Kola. « Après avoir demandé à un collègue où se trouvait le chef, celui-ci m’a informé qu’il est allé transmettre une note confidentielle constituée d’un pli et une cassette en main propre au président Thomas Sankara », a-t-il déclaré. Selon son interlocuteur, a-t-il poursuivi, la note portait la mention « dénouement sanglant de la crise à 15 heures ».

Le témoin Zongo a, par ailleurs, soutenu que le président Sankara a été informé depuis le matin de la situation qui prévalait par son chef Kola. « Mon chef de service nous a confié que lorsque le président a pris connaissance de la note, il a indiqué que la situation était imparable. Il nous a cependant félicités pour le travail de qualité abattu et lui a remis un chèque pour l’équipe », a-t-il relaté. A l’en croire, M. Kola était au Trésor pour toucher le chèque à 15 heures lorsque les tirs ont commencé et il n’a donc pas pu le faire compte tenu de la situation. Naaba Sida a également indiqué que le lendemain 16 octobre 1987 aux environs de 5 heures du matin, il a reçu la visite d’un frère d’armes. Ce dernier, a-t-il signifié, est venu l’informer que le président Sankara a été tué et enterré au cimetière de Dagnoën. « Nous sommes allés vérifier et nous avons trouvé sur les lieux des bouts de papiers sur lesquels étaient inscrits les noms des personnes enterrées dont celui du président », a-t-il déclaré.

Traités de « mounifica »

L’adjudant-chef major Victor Zongo a, en outre, affirmé que 2 jours après le drame, le colonel Jean Pierre Palm a tenu une rencontre avec le personnel du renseignement de la gendarmerie alors qu’il n’était que le commandant par intérim. « Au cours de cette réunion, il nous a traités de mounifica (colporteur de ragots, en mooré). Car c’est à cause de nous, a-t-il dit, que tout cela est arrivé. Il a aussi laissé entendre que Batoko, un de nos chefs, sera arrêté. La salle a éclaté de rires et lorsqu’il a voulu comprendre, il a été informé que l’élément en question était en mission en Russie depuis 6 mois », a-t-il ajouté. Avant M. Zongo, l’adjudant-chef major de gendarmerie à la retraite, Boukary Kouliga Douamba dit Kadhafi et l’adjudant-chef Patrice Ouédraogo ont aussi livré leurs versions des faits. M. Ouédraogo a confié qu’il était au service de renseignement juste en face du Conseil de l’entente le 15 octobre 1987.

Lorsque les tirs ont éclaté, a-t-il déclaré, il a soutenu avoir vu des militaires armés sortir du Conseil pour prendre position au mur. Pendant la dernière semaine avant le 15 octobre, a indiqué M. Ouédraogo, son service a rendu compte des tensions qui existaient entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré. Nous étions au niveau de la table d’écoute et nous avons intercepté une conversation d’un Européen et Blaise Compaoré qui disait vouloir venir au Burkina Faso, a noté l’homme du renseignement. « Compte tenu de la situation délétère, il a dit ne pas savoir à qui des deux (Blaise et Sankara) s’adresser à son arrivée. Blaise lui a répondu de chercher à le rencontrer », a-t-il affirmé. Ayant trouvé cette conversation suspecte, ils ont, a-t-il dit, remis une copie à leur chef, Ousséni Compaoré. Après les faits, le témoin a également signifié que le capitaine Toé et 3 autres officiers sont venus demander d’après leur chef. « Nous avons compris que sa vie pourrait être menacée, nous avons alors organisé sa fuite en lui trouvant une mobylette », a témoigné M. Ouédraogo

« Chien et chat »

Le troisième pandore du service de renseignement, Boukary Kouliga Douamba dit Kadhafi était le chef de la table d’écoute de la gendarmerie. Il a déclaré être rentré à domicile le jour des évènements pour porter sa tenue de sport pour le sport de masse. « Revenu au service vers 16h moins, nous avons entendu des tirs. Je suis retourné à la maison à Tanghin pour porter ma tenue militaire », a-t-il noté. Au retour, M. Douamba dit avoir remarqué qu’au niveau du pont de Tanghin, des soldats en bérets retournés étaient en train de se positionner. Il a dû contourner pour tenter de rejoindre sa caserne afin de récupérer son arme. Ce qui n’a pas été possible. Car, a-t-il souligné, les tirs crépitaient toujours. Face à une telle situation, M. Douamba dit avoir trouvé refuge chez une dolotière où il a passé la nuit. « Après les évènements, deux jours après, le capitaine Jean Pierre Palm en compagnie de Blancs sont venus inspecter la table d’écoute.

Au cours de la visite, un Blanc m’a indexé et demandé à Palm pourquoi il ne m’arrêtait pas, car j’étais dangereux », a- t- il avancé. Puis d’affirmer qu’il a été par la suite arrêté par deux gendarmes à la mi-novembre 1987. Ce jour-là, Jean Pierre Palm, Gaspard Somé et Djibrill Bassolé étaient présents, a-t-il confié. « Palm a dit de me conduire à la salle C où j’ai passé plus d’un mois. Durant ma détention, je n’ai jamais été informé des motifs de ma détention et ce, en dépit de mes multiples interpellations. Au moment de ma libération en mi-décembre, il m’a été rapporté que j’allais être affecté à Dori et c’est finalement à Kombissiri que j’ai été affecté », a laissé entendre M. Douamba. A la suite de Kadhafi, l’accusé Jean Pierre Palm a été appelé à la barre pour une confrontation. Il a déclaré qu’aucun Blanc ne peut venir lui intimer l’ordre d’arrêter quelqu’un. Il a aussi nié l’existence de la salle ‘’C’’ et sa présence au moment de l’arrestation de Boukary Kouliga Douamba.

« Je ne pouvais pas être avec Gaspard comme mentionné. Car, Gaspard et moi étions devenus comme chien et chat lorsque j’ai appris que c’est lui avait tué mon ami Seydou Bancé », a soutenu Jean Pierre Palm. Le témoin Douamba a déploré le fait que l’accusé ne reconnaisse pas les faits. « Le jour de l’accouchement, il n’y a plus de honte. Il faut dire la vérité », a-t-il illustré. Bien avant ces trois témoins du service de renseignement de la gendarmerie, le médecin militaire Dr Bognessan Arsène s’est prêté aux questions de la partie civile et de la défense pour mieux étayer son témoignage livré la semaine dernière. L’audience du jour qui a débuté à 9 heures a pris fin à 16 heures et reprendra le mercredi 24 novembre avec les auditions de l’adjudant-chef major Victor Zongo, de Ousséni Compaoré le chef du renseignement de la gendarmerie à l’époque et de Bernard Sanou.

Abdoulaye BALBONE

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