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Procès Sankara et douze de ses compagnons : Le complot de 20h était inexact (Étienne Zongo)

L’audience du procès Thomas Sankara a été consacrée, ce mercredi 5 janvier 2022 à Ouagadougou, devant la chambre de première instance du tribunal à la lecture des procès-verbaux de déposition des témoins décédés, malades ou injoignable. Il s’agit des procès-verbaux de Valère Somé, John Jerry Rawlings, Sikata Kodjo et Étienne Zongo. Pour les six témoins qui sont à l’extérieur, le président du tribunal, Urbain Méda a invité les avocats de la partie civile à prendre attache le technicien de l’armée pour la visioconférence. Cette séance se déroulera le lundi 10 janvier 2022.     

L’audience du procès Thomas Sankara et ses compagnons du jour devant la chambre de première instance du Tribunal militaire, a été marquée par la lecture des procès-verbaux(PV) d’audition du restant des témoins entendus par le juge d’instruction, mais absents à la barre pour des raisons de décès, de maladies ou injoignable. La lecture des procès-verbaux a commencé par celle de feu Dr Valère.

Dans les pièces i 82, i 132,  du procès-verbal de l’audition, il ressort que Dr Valère Somé était membre du Conseil national de la révolution (CNR) et très proche du président Thomas Sankara. Et quand le juge a voulu de ce qui s’est passé le 15 octobre 1987, Somé après quelques silences, tombe en sanglots avant de s’étaler sur ce qu’il retient des évènements malheureux. Dans la matinée du 15 octobre 1987, de 8h jusqu’à 11h 30. Thomas Sankara était concentré dans la rédaction d’un projet de discours pour la réunion de 20h. Dans ce discours, plusieurs décisions devraient être prises. Il était aussi question de sanction contre Jean-Marc Palm et Jean-Pierre Palm.

Feu Dr Valère Somé©infoh24

Et dans son œuvre ‘’ Thomas Sankara, l’espoir Assassiné’’, il a dit beaucoup de choses concernant cette affaire affreuse sur les évènements du 15 octobre 1987.  Mais selon Somé dans son PV, il soutient que Blaise Compaoré avait des intentions de prendre le pouvoir. Et cela était connu de tous, retient-on à travers  la lecture du procès-verbal de Valère Somé. Toujours selon Somé dans son PV, c’est feu Salif Diallo qui a mis Blaise Compaoré en confiance.

Pire, il soutient que lorsque le 15 octobre est arrivé, le 19 octobre  1987, Blaise Compaoré s’est dans un premier temps rétracté  et Watamou Lamien voulait saisir l’occasion. Mais certaines personnes comme Moïse Traoré, Kader Cissé, Étienne Traoré et autres ont dit non. En plus Gabriel Tamini, d’autres journalistes notamment  Baba Hama, Béatrice Damiba et autres ont rendu la vie impossible à Thomas Sankara. Le 16 octobre 1987, Somé dit avoir appelé Blaise Compaoré. Blaise lui demande de sortir de sa cachette pour venir soutenir la révolution.    

Outre les journalistes, certains cadres ont été les auteurs intellectuels de l’avènement du 15 octobre 1987. Et cela est ressorti dans la lecture de son PV. Dans la pièce i 135 du dossier, feu Valère Dieudonné Somé, raconte que Jean Pierre Palm, Jean Marc Palm et Salif Diallo sont formellement impliqués dans l’assassinat de Thomas Sankara. Il mentionne qu’ils sont les auteurs intellectuels du coup d’État du 15 octobre 1987.

Dans cette liste des auteurs, il a cité aussi Watamou Lamien, Étienne Traoré, Kader Cissé. Selon Somé, toutes ces personnes sont de l’Union communiste burkinabè (UCB) dirigé par Blaise Compaoré. Toujours dans la pièce i 132, on retient aussi que Somé a tenu à s’excuser sur certaines erreurs commises et qu’il dit avoir rectifié dans son livre « Thomas Sankara, l’espoir assassiné». Il s’agit de sa déclaration après le 15 octobre 1987, disant que c’est Hyacinthe Kafando qui aurait tiré sur Thomas Sankara. Il précise que c’est plutôt Nabié Nsoni. Et également cette erreur commise dans une de ses sorties, que Pierre Ouédraogo avait fait son autocritique dans les évènements du 15 octobre, chose qui était inexacte.

Quant à la pièce i 214 du dossier qui concerne le procès-verbal du témoin Étienne Zongo. Il ressort qu’il était en voyage à Fada, le 15 octobre 1987. Il est rentré à Ouagadougou 30 minutes après les coups de feu. Autochtone de l’armée de l’air, Étienne Zongo révèle qu’il s’est retrouvé aide de camp de Thomas Sankara. Il a été appelé à ce poste le 1er août 1983, alors qu’il assurait le contrôle de l’aéroport international de Ouagadougou. Être aide de camp, il n’en voulait pas mais l’on lui fit savoir que c’était juste temporaire.

La salle d’audience du tribunal©infoh24

Ainsi en 1986, il a trouvé un remplaçant, du nom de Sanogo. Il en informe le président Thomas Sankara, qui lui dit que c’est bien qu’il parte, parce que lui il va être tué. Des propos qui l’ont marqué et poussé à se raviser pour se maintenir à ce poste. Etienne Zongo soutient aussi que face à la détérioration de la situation, ils ont infiltré le camp de Blaise Compaoré à travers Eugène Somda qui faisait remonter les informations sur les mouvements. La situation était de sorte qu’à un moment donné, ils ont pensé organiser une exfiltration de Thomas Sankara au Ghana pour ensuite l’amener à démissionner. Et Sankara avait, lui-même, prévu une tournée nationale d’explication suivie de la remise du pouvoir à Blaise Compaoré.

Dans ce PV on peut retenir que Thomas Sankara devait être éliminé. Et plusieurs tentatives  en témoignent. Il s’agit notamment des tentatives avortées.  À Tenkodogo à l’occasion du discours d’orientation politique du 2 octobre 1987  (2 octobre 87) et le 8 octobre 87 à Ouagadougou, lorsque Thomas Sankara devait se rendre chez Blaise Compaoré « qui prétextait être malade ». Ce jour-là, Hyacinthe Kafando avait positionné ses hommes pour éliminer le président à son arrivée et il est revenu au conseil pour coordonner. Et avant cette catastrophe, il a été alerté par un coup de fil d’un journaliste de RFI d’Abidjan Stéphane Smith, lui demandant si Thomas Sankara était mort. Il répond par la négative, puis finit par passer le téléphone à Thomas Sankara pour rassurer son interlocuteur.

Selon son PV, le témoin soutient que le journaliste en question avait auparavant reçu l’appel de Blaise Compaoré qui lui demandait de publier cette information de la mort de Thomas Sankara. Cette histoire a rendu confus le président. Le 15 octobre 1987, il dit qu’il est resté au palais jusqu’à 9 h avant de bouger pour Fada. Pour Etienne Zongo, le complot de 20h était archi faux.

Toujours dans cette déposition, l’aide de camp indique avoir aperçu à Paris, quelques jours avant le 15 octobre, Blaise Compaoré en compagnie de Jacques Foccart, un Français, expert des réseaux France Afrique. Ce qui était, pour lui, un mauvais signe du numéro 2 de la Révolution. Le témoin affirme que Blaise Compaoré était soutenu par les services secrets français, et l’est toujours. Pour lui, le coup d’État a été minutieusement planifié pendant 4 ans et l’action a été menée par Hyacinthe Kafando et ses hommes. « Ils sont partis du Bloc de Blaise Compaoré au Conseil où ils étaient embusqués » a soutenu Étienne Zongo dans son PV.

La présidence du Tribunal©infoh24

Dans la pièce i241 concernant la déposition de l’ancien président John Jerry Rawlings, plusieurs éléments ont marqué l’assistance dans la salle d’audience. Cette mort du père de la révolution a choqué le président Rawlings. Concernant la mort de Sankara, il pense que le capitaine Sikata est mieux placé pour en parler. Une fois Sankara l’appelé au téléphone pour l’informer que Blaise Compaoré veut le mettre hors-jeu. Il a trouvé la situation difficile et je ne comprenais pas  car pour lui, Blaise avait aussi le pouvoir parce qu’il était le numéro 2. Et deux jours après cette forfaiture, il a retrouvé Blaise à Tripoli assis dans le hall de l’aéroport avec Kadhafi.

Il les a rejoints sur cette table et il a demandé à Blaise Compaoré ce qui s’est passé. Blaise a nié d’avoir tué Sankara. Avant de partir, Kadhafi a demandé qu’ils fassent une photo à trois. Et lui a trouvé qu’à faire cette photo, c’est être fou. Il n’a pas accepté. Pour ce qui concerne les rencontres entre Rawlings et Blaise à Tamale(Ghana), la plupart des rencontres ont été souvent très tendues. Sur certaines questions, Rawlings dit qu’il n’a plus souvenance de certains détails.

Dans la pièce i 240 qui concerne la déposition de l’ancien ambassadeur de Ghana, Nordor Kelly. Selon l’ambassadeur, sa rencontre avec Sankara a été spontanée. Mais avec Blaise s’était limité. Lors d’une réunion à laquelle, ils ont participé et Sankara a dit que si Blaise Compoaré veut le pouvoir, il peut venir  prendre. Et lors de la visite du fils de Chevera, Blaise et Thomas sont venus ensemble et pour eux la hache de guerre était enterrée. Dans son audition, il soutient qu’il recevait les informations avec Etienne Zongo. Après les évènements, il a été invité au conseil et dans son entretien il dit avoir traité de menteur Blaise Compaoré lorsqu’il a tenté de nier les faits. Selon lui Blaise vit dans un mensonge et c’est horrible.*

Me Awoba Zaliatou de la défense©infoh24

A sa suite, ce fut le tour Sikata Kodjo. Cet ancien membre d’un mouvement populaire de la révolution ghanéenne était proche des deux leaders de la révolution burkinabè. Deux semaines avant son assassinat, Sankara les a informés  que le Burkina Faso avait des problèmes avec les syndicats. Et qu’il était plus préoccupé par la situation du pays que son problème personnel avec Blaise.

Dans cette ambiance, Blaise est venu au Ghana à l’ambassade du Burkina sans chercher à les rencontrer. Ce comportement Blaise montre que la situation était compliquée. Après cette déposition que le président du tribunal a suspendu l’audience. Elle reprend le lundi 10 janvier avec l’audio des témoins hors du Burkina Faso par visioconférence.     

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