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Coup d’Etat du 30 septembre 2022 au Burkina : Le vernis démocratique est-il nécessaire ?

Le Burkina Faso vit de douloureuses heures d’incertitude à cause des défaites militaires face aux groupes terroristes et des luttes de clans dans l’armée pour le pouvoir. L’argument principal du coup d’Etat du 30 septembre 2022 c’est encore la question sécuritaire comme il y a huit mois. C’est encore le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration qui continue sans sa tête précédente le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba.

Est-il le seul qui a été éjecté par le jeune capitaine Ibrahim Traoré et ses frères d’armes où d’autres traitres l’accompagnent dans ce départ du MPSR et du pays ? Si cette lutte pour le pouvoir a eu le dénouement que l’on connaît, on le doit aux autorités religieuses et coutumières qui ont fait tout pour que nos militaires ne s’entretuent pas au grand bonheur des groupes terroristes.

Notre pays a un problème depuis sept ans sans solution, parce qu’il est mal posé. Depuis sept ans que nous sommes en guerre contre les terroristes, qu’avons-nous appris ? Quelles sont les leçons que nous tirons de ces attaques contre nos garnisons et postes de police et de gendarmerie ainsi que les populations civiles ? Pouvons-nous ravitailler Djibo sans subir une attaque meurtrière encore une fois ?

Avec cette junte qui affiche la jeunesse à sa tête, aurions-nous la sagesse de réfléchir à ce qui nous arrive et de prendre les bonnes décisions qui garantissent la sécurité et l’intégrité de notre pays ? Les militaires pourront-ils se rassembler pour se battre ensemble contre nos agresseurs ? Les partis politiques et les organisations de la société civile auront-ils la patience de laisser cette junte dérouler son programme sans chercher à participer et influer sur le cours des choses ?

Pourrions-nous prendre le chemin de la confiance en soi et de l’amour propre pour envisager nos problèmes de notre point de vue, brandir uniquement le drapeau du Burkina Faso, qui est le seul que nous devons aimer ?

Les personnes responsables, les pères et mères de famille qui font que l’on mange à la maison, savent que les coups d’Etat ne font pas chauffer la marmite de riz et ne font pas du bien au pays. L’expérience du dernier coup d’Etat ne permet pas d’affirmer leur efficacité dans la lutte contre le terrorisme. Aussi notre problème reste entier ces jours-ci. Au lieu de lutter contre les groupes terroristes, notre armée est actuellement en pause pour savoir qui dirige le pays et quelles sont ses options. Il serait bien qu’elle fasse vite pour relancer la machine parce que nos ennemis eux avancent aux quatre coins du pays. La jeunesse urbaine et les populations des villes qui ne connaissent pas les affres de cette guerre, l’ont oubliée et se passionnent pour qui va diriger le pays (président civil ou militaire, général ou capitaine) comment et avec quel partenaire. Le pays est à terre et cela ne dérange pas certaines personnes qui pensent qu’il n’y a pas le feu en la demeure qu’on peut faire et défaire les mêmes choses à l’envie à Ouagadougou abandonnant le pays aux groupes terroristes.

A-t-on le temps et les moyens de refaire tout le cirque du début de l’année 2022, intronisation, prestation de serment, comité de réflexion, assises de transition pour une charte de la transition et des députés de la transition MPSR II ? Quelle image voulons-nous donner au monde avec ce perpétuel recommencement de futilités qui ne contentent qu’une minorité de privilégiés et ne changent rien au statut des territoires occupés par les groupes terroristes ? Ces habillages du coup d’Etat que sont l’Assemblée législative de la transition et la charte de la transition ne sont que des moyens de se faire de l’argent pour certains, puisque la défunte assemblée a refusé de travailler bénévolement et a même voté le droit de légiférer par ordonnance.

Est-ce vraiment le sujet face à ce qui nous menace ? Si les partis politiques et les organisations de la société civile pouvaient une fois de façon patriotique s’abstenir de faire de grands raouts qui n’aboutissent qu’à exacerber leurs différends. Va-t-on laisser le pays disparaître parce que les insurgés et les partisans de Blaise Compaoré ne veulent pas arrêter leurs disputes ? Peuvent-ils considérer que chacun a eu sa transition et que celle-ci est celle du pays ? Et que ce n’est pas la peine de tout recommencer. Il faut un gouvernement de combat rapidement, pas d’union nationale, ni de réconciliation nationale mais de lutte contre le terrorisme et pour la restauration de l’intégrité du territoire.

Les yeux de Chimène d’ Evgueni Prigojine

Les militaires au pouvoir devraient se méfier des politiciens et de leurs supplétifs des OSC qui ne veulent pas vivre sans être proches des caisses de l’Etat. C’est ce qui a emmené le pays dans cette situation et tant que l’on ne les éloignera pas tous, pour des hommes désintéressés nous ne verrons pas de jours meilleurs dans un avenir proche. Les nouveaux dirigeants du pays devraient se dire qu’ils se sont engagés dans un combat complexe que celui de prendre les rênes du pays dans un contexte de rivalités entre les puissances impérialistes. On ne s’affranchit pas en changeant de maître, et les yeux de Chimène que lancent le chef du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, au jeune capitaine Ibrahim Traoré sont pour les richesses du Burkina, pas pour son talent et son beau sourire.

Si c’est l’indépendance et la souveraineté du pays que la nouvelle junte recherche, il ne faut pas s’appuyer sur une puissance impérialiste pour en combattre une autre. On ne sait pas comment une personne qui se noie en s’accrochant à un crocodile peut sauver sa vie comme certains le disent. Notre indépendance et notre souveraineté nous la gagnerons en nous battant nous-mêmes par nos bras, nos têtes. Nous pouvons aller chercher la science et les armes partout, mais c’est à nous de la faire cette guerre.

Sana Guy
Lefaso.net

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