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Démocratie en peine

Les bagarres sont de plus en plus fréquentes à l’Assemblée nationale sénégalaise. La dernière scène déplorable remonte au 1er décembre dernier, lors de l’examen du budget du ministère de la Justice. Ce jour-là, deux députés de l’opposition, membres du Parti de l’unité et du rassemblement (PUR), Massata Samb et Mamadou Niang, ont violenté leur collègue de la majorité, Amy Ndiaye, pour des « propos irres-pectueux ».

Massata Samb a giflé la victime, tandis que Mamadou Niang lui avait donné un coup de pied au ventre. Hospitalisée après coup, Amy Ndiaye, enceinte, court désormais le risque de perdre son bébé. Un certificat d’hospitalisation, fourni par la maternité de l’hôpital principal de Dakar, révèle l’existence « d’une menace d’avortement précoce post-traumatique ». Cet incident malheureux, qui suscite jusqu’à présent frustration et indignation, avait provoqué la suspension de la séance. Aussi, des poursuites judiciaires ont-elles été engagées contre les deux députés suite à une plainte du président de l’Assemblée nationale, Amadou Mame Diop.

A l’heure actuelle, les deux « fautifs » sont activement recherchés par la police sénégalaise, si le grappin n’a pas encore été mis sur eux. La bagarre du 1er décembre dernier est symptomatique de l’ambiance qui règne au sein de l’hémicycle sénégalais, depuis le démarrage de ses activités, voire bien avant. On se rappelle l’atmosphère électrique dans laquelle l’élection du président du parlement s’était déroulée, en septembre dernier. Des scènes d’empoignades, des cris et des jets de bouteille avaient émaillé le déroulement de la session. Les vieux démons ont manifestement pris possession de l’Assemblée nationale sénégalaise où la violence est devenue banale.

Ce qui ne fait pas honneur à la démocratie sénégalaise, un exemple sur le continent à bien des égards. Depuis son accession à l’indépendance dans les années 60, ce pays d’Afrique de l’Ouest n’a jamais connu de coup d’Etat. L’accession au pouvoir par les urnes est une tradition, même si le Sénégal a aussi ses faiblesses en matière de démocratie. Il faut regretter les invectives ou les coups de poing qui ne sont pas le seul fait de l’Assemblée nationale sénégalaise, où le clan présidentiel ne détient plus la majorité absolue à l’issue des législatives de juillet 2022. Il y a d’autres exemples.

Pour autant, ces scènes d’agression doivent cesser dans ce haut lieu du débat démocratique, où la force des arguments doit prévaloir sur tout. On doit assister à un combat d’idées et non à des combats de boxe. L’assemblée nationale, et cela vaut pour le Sénégal et les autres nations démocratiques, n’est pas et ne doit pas être un ring. Ce n’est pas un défouloir. Qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, les députés sénégalais, tout comme ceux des autres pays du continent ou d’ailleurs, doivent être des exemples. Ils doivent briller dans la promotion et la défense des intérêts du peuple et non par leurs frasques.

Kader Patrick KARANTAO

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