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Burkina Faso : Plus de 65 milliards de francs CFA pour accélérer la souveraineté alimentaire d’ici 2030

La Banque africaine de développement (BAD) a mobilisé 116,8 millions de dollars, soit un peu plus de 65 milliards de francs CFA, pour accélérer la transformation agricole et renforcer durablement la sécurité alimentaire au Burkina Faso. L’information a été rendue publique ce lundi 23 février 2026 sur le site web officiel du groupe de la Banque africaine de développement. Ce financement, approuvé par son conseil d’administration, va appuyer la phase 2 du Projet d’urgence pour le renforcement de la production agricole (PURPA-BF), avec un objectif de consolider les acquis récents et de conduire le pays vers l’autosuffisance céréalière à l’horizon 2030.

Le paquet financier de 65 milliards de francs CFA au profit de la phase 2 du PURPA-BF repose sur plusieurs instruments. Il comprend un prêt concessionnel de 67,5 millions de dollars, soit environ 37,6 milliards de francs CFA, et un don de 12,1 millions de dollars, soit près de 6,74 milliards de francs CFA, issus du Fonds africain de développement. À cela s’ajoutent un prêt concessionnel de 37,2 millions de dollars, soit environ 20,71 milliards de francs CFA accordé par la Facilité d’appui aux pays en transition, et une contribution du gouvernement burkinabè estimée à 7,2 millions de dollars, soit environ 4,008 milliards de francs CFA.

Au-delà des montants mobilisés, c’est surtout la cohérence de l’architecture financière qui retient l’attention. Celle-ci repose sur des ressources concessionnelles, associant prêts à conditions préférentielles et don. Cela, afin de soutenir un secteur agricole confronté à de fortes pressions climatiques, sécuritaires et sociales. L’ambition ici vise donc à répondre à l’urgence alimentaire tout en posant les bases d’une transformation structurelle.

Plus de 6 millions de tonnes de production agricole

La phase 1 du projet, lancée en juillet 2023, a produit des résultats qualifiés de transformateurs. Plus de 275 000 agriculteurs ont bénéficié de semences améliorées et d’engrais de qualité. Les gains de productivité enregistrés sont spectaculaires, en témoignent les chiffres suivants : +224% pour le riz, +165% pour le maïs, +91% pour le niébé et +33% pour le sorgho.

Ces performances ont contribué à un jalon historique. Ainsi, pour la campagne 2024-2025, la production céréalière nationale a atteint 6,1 millions de tonnes, soit une hausse de 18% par rapport à l’année précédente. Un signal fort dans un contexte marqué par l’insécurité alimentaire sur fond de crise sécuritaire persistante.

Selon le responsable pays de la BAD pour le Burkina Faso, Daniel Ndoye, cette dynamique confirme la pertinence de l’investissement agricole. « Ce projet est une réalisation majeure qui témoigne de la capacité de l’investissement stratégique dans l’agriculture à transformer des vies et construire des systèmes alimentaires résilients. La phase 1 nous a montré que lorsque les agriculteurs, en particulier les femmes et les jeunes, ont accès à des intrants de qualité, ils renforcent la sécurité alimentaire nationale. La phase 2 consolidera ces acquis et les étendra à de nouvelles communautés à travers le Burkina Faso », a-t-il indiqué.

Vers la production de 712 500 et 951 391 tonnes de riz et de maïs

La phase 2 entend amplifier l’impact. Elle prévoit la distribution de 11 096 tonnes de semences améliorées et résilientes au climat, ainsi que 120 415 tonnes d’engrais. L’accent sera mis sur les femmes, les jeunes et les populations déplacées internes, catégories particulièrement vulnérables mais essentielles à la vitalité du tissu rural.

Les objectifs de production sont ambitieux, ils visent 712 500 tonnes de riz, 951 391 tonnes de maïs, ainsi qu’une augmentation significative des légumineuses riches en protéines. Au-delà des chiffres, l’enjeu est nutritionnel. Diversifier et renforcer la production de cultures à haute valeur nutritive contribue à lutter contre la malnutrition, notamment chez les enfants et les femmes enceintes.

Bientôt la construction de quatre grands entrepôts de stockage

La transformation agricole ne se limite pas aux champs. Elle implique aussi la maîtrise de la chaîne post-récolte. C’est pourquoi le projet prévoit la construction de quatre grands entrepôts de stockage d’une capacité de 15 000 tonnes chacun, ainsi que cinq magasins de 500 tonnes. Trente camions spécialisés seront acquis pour assurer une distribution efficace des intrants et faciliter la collecte et l’acheminement des productions.

Ces investissements logistiques répondent à un défi structurel. Car les pertes post-récolte, souvent élevées, réduisent considérablement l’impact des efforts de production. En améliorant les capacités de stockage et de transport, le projet sécurise les récoltes et stabilise l’offre sur les marchés.

La phase 2 du PURPA-BF va générer environ 1 000 emplois

La phase 2 générera environ 1 000 emplois, dont 500 destinés aux jeunes, femmes et hommes confondus. Au total, 720 000 personnes bénéficieront directement du projet, dont au moins 50% de femmes et de jeunes. Les retombées indirectes devraient toucher près de 3 745 000 personnes.

Dans un pays où l’agriculture reste le premier pourvoyeur d’emplois, ces chiffres traduisent un impact socio-économique majeur. Et l’inclusion des femmes ainsi que des jeunes relève d’un choix stratégique de développement. En renforçant leur autonomisation économique, le projet consolide la cohésion sociale et participe à la stabilisation durable des zones rurales.

Résilience climatique et réformes structurelles

Le projet s’inscrit dans une logique de résilience face à la variabilité climatique croissante. Il promeut des pratiques dites climato-intelligentes et des variétés résistantes à la sécheresse. Dans un contexte sahélien marqué par l’irrégularité des pluies et la dégradation des terres, cette orientation est déterminante.

Par ailleurs, la phase 2 permettra de parachever les réformes du cadre juridique et institutionnel des secteurs des semences et des engrais, entamées lors de la première phase. L’objectif est d’assurer un approvisionnement durable et de qualité en intrants agricoles, condition essentielle à la pérennité des gains de productivité.

Un alignement avec les priorités nationales

Ce nouveau financement s’aligne sur les priorités nationales de développement, notamment l’offensive agro-pastorale et halieutique portée par les autorités burkinabè. Il traduit également la volonté des partenaires techniques et financiers d’accompagner le pays dans sa quête de souveraineté alimentaire.

À travers cet appui financier important, la BAD confirme son rôle de partenaire stratégique du Burkina Faso. Plus qu’un soutien, cela est un investissement dans la résilience, la dignité et l’avenir d’un pays qui fait de l’agriculture un levier central de transformation économique et sociale. La phase 2 du projet ouvre ainsi une nouvelle séquence, où performance agricole rime avec sécurité alimentaire et espoir renouvelé.

Hamed Nanéma

Lefaso.net


Source : BAD

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