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Le temps de la patrie : NOUS SOMMES TOUS, DES SOLDATS DE LA PATRIE

Le soldat, c’est celui ou celle qui est équipé(e) et instruit(e) par l’Etat pour défendre le territoire. Le terme est souvent entendu comme le premier grade de la hiérarchie des hommes ou femmes du rang dans les armées de terre et de l’air. Nous nommerons soldat, tout homme ou toute femme qui sert ou qui a servi dans notre armée. Mais la définition du soldat dépend étroitement de la vision politique et idéologique que l’on a de l’armée et du rôle que cette dernière joue ou qu’on veut lui faire jouer. Le rôle que joue le soldat, ses ressorts psychologiques, ses motivations profondes dépendent étroitement de ce qu’il représente dans la société et de l’idée qu’il se fait de lui-même.

QUEL TYPE D’ARMEE

? QUEL SOLDAT ?

Armée classique ? Armée révolutionnaire ? Armée de libération ? L’armée est-elle une partie du peuple en armes ou tout le peuple en armes ? L’arme est-elle seulement le fusil, la kalachnikov ou tout moyen matériel ou spirituel permettant au soldat de se fortifier pour livrer tout combat, quelle que soit la dimension de ce combat : matériel, moral, psychologique, politique, idéologique, etc. ? La question paraît complexe et elle l’est, assurément ! Elle permet de comprendre le président Thomas Sankara qui affirmait : « Un soldat est un civil en uniforme et un civil, un militaire en permission ». Vue ainsi, il y a continuité entre le civil et le militaire dans la société, dans notre société. Cette vision permet de concevoir un schéma de défense adopté par des pays comme la Suisse qui, sans renier la professionnalisation, permet de recourir à la spécialisation la plus pointue qui prend en compte les réalités du monde moderne. Nos sociétés au Burkina ont connu, à travers notre histoire, les deux types d’armées :

– celle constituée d’une partie du peuple ou d’un groupe d’hommes en armes au service de la défense du territoire ou des intérêts d’une classe régnante ;

– ou à un moment donné, l’ensemble des membres d’une « communauté de base » donnée qui, face à la menace externe, « se lève comme un seul homme », détermine sa stratégie de défense et s’engage résolument dans le combat pour sauvegarder le bien commun, la terre des ancêtres, la patrie. Dans tous les cas, on ne naît pas soldat. On le devient par l’éducation, la formation et l’équipement. – L’éducation, qui nous permet de développer chez le soldat :

• des aptitudes intellectuelles qui développeront son intelligence, son esprit, et lui permettront d’appréhender les problèmes auxquels il aura à faire face ;

• des aptitudes physiques qui développeront son corps et lui donneront les capacités nécessaires à l’accomplissement de sa mission ;

• des qualités morales enfin, qui le situeront par rapport aux valeurs communes qui imposent le respect de l’individu dans sa société. – La formation, qui est l’acquisition d’aptitudes et de compétences particulières et supérieures, à même de cultiver l’efficacité des actions du combattant.

– La formation est accompagnée au besoin, de l’équipement nécessaire à l’action. On comprend donc que le bon soldat est un homme « complet », un tout, une globalité perfectible et à parfaire. Un homme, une femme à qui l’on remet une arme, fût-elle performante, si c’est un lâche, abandonnera le combat ou même, ne l’engagera pas. S’il n’a pas la formation nécessaire, il utilisera mal son armement et ne sera pas efficace. Et s’il n’est pas équipé, on pourra tout au plus en faire un martyr mais rien de plus : n’a-t-on pas vu dans l’histoire, des Indiens d’Amérique, acculés sur une falaise, qui ont préféré se jeter dans le vide plutôt que de se rendre ?

PATRIOTES, A CHAQUE INSTANT

ET POUR TOUJOURS

out cela pour dire que nous sommes tous des soldats de la patrie. L’enfant qui reconnaît notre drapeau dans un défilé et qui s’écrie « Voilà Burkina Faso ! » a déjà en lui, quelque chose de patriotique. Celui qui cède sa place ou qui laisse passer un soldat dans une file de paiement de facture d’électricité ou d’eau, a quelque chose de patriotique. Celui qui applaudit un soldat dans la rue, le transporteur qui accepte prendre gratuitement un soldat ou lui fait une réduction sur son ticket de transport, le mécanicien qui répare gratuitement la moto d’un soldat, tous ont un sens patriotique et contribuent au combat pour la cause commune. Celui qui s’interdit de rire d’une femme soldat ou de couvrir de railleries celle qui a été nommée à un poste de responsabilité parmi les hommes, contribue à l’avancée sociale. Le commerçant honnête qui tourne le dos à la spéculation, paie ses impôts sans attendre d’être traqué, est un patriote. L’agent administratif qui refuse de commettre une forfaiture en s’abstenant de mettre le pied sur un document, qui ne rackette pas le citoyen pour lui délivrer ou lui livrer sa pièce d’identité par exemple, est un patriote. Chacun peut et doit balayer devant sa porte et ne pas rester dans la posture de celui qui jette n’importe quoi n’importe où, et qui reste là, à attendre que les employés municipaux et la benne à ordure de la mairie viennent le débarrasser de ses propres salissures devant son propre domicile.

TOUS RESPONSABLES

ET TOUS COUPABLES

Il est tellement facile de renoncer à ses responsabilités et de s’ériger en procureur impitoyable, prompt à brocarder tout le monde, ne trouvant à personne des circonstances atténuantes ! Pourtant, chacun à son niveau peut travailler à la culture patriotique. Chacun est un soldat naturel pour la cause commune. Chacun est capable de dignité ou d’intégrité. Nul besoin pour ce faire, de mettre un policier ou un gendarme derrière chaque Burkinabè. Il y a des ordures, des pourritures que nous pouvons déjà nettoyer, en nous-mêmes, de nous-mêmes et rendre plus sain et plus vivable, notre être intérieur, notre environnement physique externe et interne, sans que des autorités supérieures n’aient à intervenir. Nous n’avons pas le droit de détruire l’équilibre d’une autorité administrative, en faisant sur elle une pression morale pour la contraindre à recruter de manière indue, un parent, de surcroît inapte. L’argument selon lequel quelqu’un d’autre le ferait sans sourciller ne tient pas la route et n’aide pas nos premiers responsables à s’affranchir de cette solidarité somme toute compréhensible, qui est une valeur sociale au niveau infra, mais qui devient une tare, une faute grave au niveau national. Mais l’autorité supérieure, parce que précisément supérieure, a aussi des devoirs supérieurs et absolus. C’est pourquoi il y a la notion de haute trahison.

Et cela nous amène à rappeler et à apprécier à sa juste valeur, la conduite d’une rigueur extrême de l’Almamy Samory Touré, empereur du Ouassoulou, intrépide combattant anticolonialiste, vis-à-vis de son fils aîné Karamoko Diaoulé qui était appelé à lui succéder : après sa défaite contre les troupes françaises au combat de Fatako-Djingo, Samory envoya son fils à Paris comme ambassadeur. De retour auprès de son père, Diaoulé essaya de le convaincre de se rallier aux Français plutôt que de les combattre, parce qu’il les estimait militairement trop puissants. Le tribunal dont son père fit partie estima que le fils avait trahi et condamna Karamoko Diaoulé à être enfermé dans une case et privé de nourriture jusqu’à ce que mort s’en suive. La sentence une fois dite, l’Almamy Samory Touré, de retour dans sa chambre, coula des larmes. Sa femme, la mère, déroutée, l’interpella : « N’étais-tu pas du tribunal ? » Et Samory de lui répondre : « Dehors, c’était le chef. Dans la case, c’est le père ! ». Laissons dans nos cases, nos faiblesses, et portons dehors, nos noblesses !

A bientôt !

Dr Jean-Hubert BAZIE

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