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Dr Edoh Kossi Amenounvé, DG de la BRVM : « Le Burkina est la 3e place boursière de l’UEMOA »

Dr Edoh Kossi Amenounvé est le directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) et du Dépositaire central/Banque de règlement (DC/BR), deux structures centrales du marché financier régional de l’UEMOA. Il est par ailleurs, président de l’Association des bourses africaines (ASEA). Dans cet entretien, Dr Amenounvé revient, entre autres, sur la place de l’investissement boursier dans le financement du développement, les défis et les opportunités du marché boursier de l’espace UEMOA.

Sidwaya (S) : A quoi renvoient les notions de bourse des valeurs mobilières, de marché boursier ?

Dr Edoh Kossi Amenounvé (E. K. A.) : La bourse est un lieu où les investisseurs, personnes physiques ou morales négocient des valeurs mobilières suivant l’offre et la demande. Le marché boursier comprend le marché primaire ou marché des « produits neufs » où les titres sont émis pour la première fois et le marché secondaire ou marché des « produits d’occasion » où les titres déjà émis sont négociés. Ces valeurs mobilières sont essentiellement constituées des titres de capital (actions) ou des titres de créances (obligations) et donnent droit à une rémunération sous forme de dividendes, de gain en capital ou d’intérêt.

S : Comment se porte le marché boursier, financier de l’espace UEMOA ?

E. K. A. : Notre marché boursier se porte très bien et est très dynamique. Il contribue au financement des économies des pays de notre union grâce aux ressources à long terme qui y sont mobilisées par les Etats, les institutions financières régionales et internationales ainsi que les entreprises pour le financement de leurs projets. A titre illustratif, plus de 2 000 milliards F CFA ont été levés sur le marché régional en 2020, sur un total de plus de 14 000 milliards de F CFA mobilisés depuis 1998.

S : Pouvez-vous nous présenter cette institution sous régionale qu’est la BRVM ?

E. K. A. : La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) est la bourse commune à l’ensemble des huit (8) pays de l’Union économique et monétaire Ouest africaine (UEMOA) à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. La BRVM est à la fois un succès économique, politique, institutionnel et technique. Il s’agit de la seule bourse régionale au monde établie suivant les standards internationaux, totalement électronique et parfaitement intégrée. La BRVM est une institution financière sous régionale qui a la forme juridique d’une société anonyme. Elle a été portée sur les fonts baptismaux le 18 décembre 1996 à Cotonou au Bénin. Elle aura donc 25 ans le 18 décembre 2021. Ses missions principales sont l’organisation du marché boursier, la cotation et la négociation des valeurs mobilières, la diffusion des informations boursières, la promotion et le développement du marché. Son capital est de 3,08 milliards F CFA en 2020 et son actionnariat est constitué par les états de l’UEMOA, les Chambres de Commerce, des institutions régionales, les SGI, les banques, les compagnies d’assurance, des personnes physiques, etc. Les ressources de la BRVM proviennent essentiellement des commissions d’introduction de titres à la cote de la BRVM, des commissions d’émission additionnelle, des commissions de capitalisation, des redevances de siège, des commissions de rétrocession de courtage, etc.

S : Quels sont les produits/services ou mécanismes d’accompagnement que la BRMV offre à sa clientèle ?

E. K. A. : La BRVM offre aux Etats, aux institutions et aux entreprises la possibilité d’émission de titres de dette (Obligations classiques, Diaspora bonds, Sukuk etc.) et aux entreprises, l’émission de titres de capital. Ainsi, la BRVM dispose, à l’état actuel, d’un marché des actions et d’un marché des obligations. La BRVM vend également les données boursières et offre de la formation au grand public, aux acteurs commerciaux du marché et aux investisseurs.

S : Il semble que votre institution veut mettre sur le marché de nouveaux produits. De quoi s’agit-t-il ?

E. K. A. : Effectivement, tout marché doit tenir compte de l’évolution de son environnement et s’y adapter. La BRVM a mis l’innovation au cœur de sa stratégie pour accomplir ses missions au service du financement des économies des pays de notre union. Ainsi, la BRVM travaille au lancement de nouveaux produits comme les Basket bonds, les Green bonds, les ETFs (Exchange Traded Funds), les prêts/emprunts de titres, les produits dérivés, etc.

S : Qui peut bénéficier de ces différents produits ?

E. K. A. : Tous les intervenants du marché : Emetteurs, acteurs commerciaux du marché, investisseurs particuliers et institutionnels.

S : Après 60 ans d’indépendance, l’Afrique peine toujours à mobiliser des ressources internes pour financer son développement. Le marché boursier constitue-t-il une réponse à cette problématique de financement des économies de la sous-région ?

E. K. A. : Je crois que c’était la vision des pères-fondateurs de doter notre union d’un outil de mobilisation des ressources à long terme pour le financement des économies qui a conduit à la mise en place de la BRVM. Le développement d’un marché de capitaux local est effectivement une solution à la problématique de financement de l’économie. Pour remplir convenablement cette mission, la bourse doit attirer beaucoup d’émetteurs, l’épargne locale particulière et institutionnelle doit être encouragée et la transparence du marché doit être effective.

S : Les opportunités qu’offre le marché boursier sont-elles connues par les acteurs économiques, les populations de l’UEMOA ?

E. K. A. : Nous faisons beaucoup d’efforts pour que ce soit le cas. Je rappelle que cela fait partie des missions de la BRVM : la diffusion des informations boursières, la promotion et le développement du marché. La BRVM a multiplié au cours des dix dernières années les actions de promotion du marché et de ses opportunités, autant auprès des acteurs économiques que des populations. Que ce soit par des actions promotionnelles ou de contacts personnalisés avec les acteurs économiques, les institutions, les associations et les populations, que des actions de communication et d’informations à travers tous les canaux disponibles.

La BRVM s’est adaptée à l’air du temps en étant très présente sur le digital. Cela porte des fruits et on constate que les investisseurs particuliers et institutionnels, régionaux et internationaux sont de plus en plus présents sur le marché comme en témoignent les volumes transigés. Il nous faut plus d’émetteurs, particulièrement plus de sociétés cotées.

S : N’y a-t-il pas une peur d’investir sur le marché boursier ?

E. K. A. : Nous sommes dans un environnement où l’activité boursière est récente, 25 ans à peine. Il y a donc une faible culture boursière et une certaine méconnaissance des mécanismes d’investissement en bourse.

S : Plus de deux décennies après sa création, quelle appréciation faites-vous de la contribution de la BRVM au développement socioéconomique de la zone UEMOA ?

E. K. A. : En un peu plus de deux décennies, beaucoup a été fait. En termes de ressources levées, nous sommes à un peu plus de 14 000 milliards F CFA depuis la création du

La BRVM veut accélérer la digitalisation de toutes ses opérations et saisir toutes les opportunités économiques qu’offrent les nouveaux produits et services digitaux.

marché. La capitalisation du marché des actions a connu une évolution remarquable passant de 836,190 milliards FCFA à 5 305,951 milliards FCFA, soit une progression de 534,57% ; de même que la capitalisation du marché obligataire qui est passée de 32,055 milliards FCFA à 7 101,921 milliards FCFA, soit une progression de 22 090,63%. La capitalisation totale du marché (12 407,8 milliards FCFA à la fin août 2021) représente 14% du PIB de la zone UEMOA. On note également que le nombre de sociétés cotées est passé de 35 à la création à 46 à ce jour, avec entre 2015 et 2019, pas moins de 9 sociétés qui ont ouvert leur capital au public via la BRVM. Les nouvelles introductions ont été le fait des sociétés suivantes : BOA Sénégal, TOTAL Sénégal, BOA Mali, Société ivoirienne de Banque, Sucrivoire, Coris Bank International, Ecobank CI, NSIA Banque CI et Oragroup.

S : Qu’en est-il de la contribution de la BRVM au financement de l’économie burkinabè ?

E. K. A. : Le Burkina Faso à travers le Trésor public a pu mobiliser plus de 1 380 milliards de francs CFA à ce jour sur le marché. Ces ressources ont permis de financer plusieurs projets de développement notamment ceux inscrits dans le Plan national de développement économique et social du Burkina (PNDES 1). Pour le secteur privé, le Burkina compte trois entreprises cotées à la BRVM dont les IPO ont été de véritables succès. Il s’agit notamment de l’ONATEL (Moov Africa BF), la BOA Burkina et Coris Bank International. Le Burkina occupe par ces indicateurs, la 3e place boursière de l’UEMOA.

S : Aujourd’hui, il est de plus en plus question de digitalisation de l’économie, de monnaie électronique (mobile-money, de crypto-monnaie, etc.). Cela constitue-t-il une opportunité ou une menace pour le marché boursier de la sous-région ?

E. K. A. : La digitalisation constitue une véritable opportunité pour la bourse en termes de vulgarisation de la culture boursière, de diffusion de l’information boursière mais aussi de célérité dans l’exécution des opérations boursières. Le marché est passé depuis le 16 septembre 2020 à la Bourse en ligne qui est une action majeure du plan stratégique 2014 – 2021 du Marché financier régional de l’UEMOA, qui consiste, pour la BRVM, à mettre à la disposition des courtiers en bourse (SGI) une plateforme technologique permettant le routage automatique des ordres. Cette innovation répondait à la nécessité du marché de s’adapter aux développements technologiques récents en favorisant la saisie à distance des ordres de bourse par les clients, l’amélioration de la liquidité du marché, l’amélioration des délais d’exécution des ordres et la baisse des coûts des transactions. La BRVM veut accélérer la digitalisation de toutes ses opérations et saisir toutes les opportunités économiques qu’offrent les nouveaux produits et services digitaux.

S : Quelles sont les contraintes, les difficultés que la BRVM rencontre dans l’accomplissement de sa mission ?

E. K. A. : Il est clair que nos contraintes majeures sont liées à la faiblesse du nombre d’entreprises cotées au regard du potentiel dont regorge notre union et à la faible participation des investisseurs particuliers. Nous y travaillons ardemment.

S : Comment comptez-vous relever ces défis ?

E. K. A. : Face à ces contraintes, la BRVM ne ménage aucun effort pour la sensibilisation des Etats à privilégier la voie de la bourse pour la privatisation des entreprises publiques, des entreprises à recourir à la bourse pour financer leur développement et les populations pour qu’elles s’intéressent davantage à la bourse. Pour faire profiter les PME de notre union des avantages de la bourse, nous avons ouvert le Troisième compartiment qui leur est entièrement dédié. Maintenant il y a des réformes économiques, financières et réglementaires à faire pour développer davantage l’épargne et faciliter la cotation des entreprises.

S : Vous étiez en visite officielle au Burkina Faso, du 25 au 27 août 2021. Quel est l’objet de votre séjour au pays des Hommes intègres ?

E. K. A. : Cette visite s’inscrit dans notre programme annuel de visite dans nos antennes nationales de bourse implantées dans les différents pays de l’union. C’est aussi l’occasion pour nous de rencontrer les autorités publiques et les acteurs économiques pour faire le point de l’évolution du marché, présenter ses opportunités et recueillir leurs appréciations.

S : Au cours de votre audience avec le président du Faso, vous avez parlé de l’actionnariat populaire dans le secteur minier. Peut-on en savoir davantage ?

E. K. A. : Comme vous le savez, notre zone regorge de ressources minières dont l’exploitation connaît une forte évolution. La BRVM voudrait favoriser la cotation des compagnies minières comme c’est le cas sur plusieurs places boursières à travers le monde. Cela permettra aux populations de bénéficier des retombées de l’exploitation de nos mines.

S : Quel bilan faites-vous de votre mission dans la capitale burkinabè ?

E. K. A. : Le bilan est plus que satisfaisant ! Et je voudrais saisir l’opportunité pour adresser nos sincères remerciements au président du Faso pour sa permanente haute sollicitude et ses conseils avisés sur les questions relatives au développement du marché financier régional. Mes remerciements vont également aux acteurs majeurs de la vie économique du Burkina que nous avons rencontrés.

S : Quels sont les perspectives ou projets de la BRVM à court ou moyen terme au Burkina Faso ?

E. K. A. : Le Burkina a affiché depuis plusieurs années un grand dynamisme sur le marché boursier de l’UEMOA. Nous mettons tout en œuvre pour que cela se poursuive au bénéfice de l’économie. Nous espérons voir de nouvelles entreprises du Burkina suivre l’exemple de l’ONATEl, de la BOA Burkina et de Coris Bank en rejoignant la cote de la BRVM notamment celles engagées dans le programme Elite BRVM Lounge, qui est le programme d’accompagnement des PME que la BRVM a mis en œuvre.

Interview réalisée par Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

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