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« Je me suis retrouvé face à un Procureur qui s’énervait parce qu’on a osé porter plainte pour assassinat », Me Bénéwendé Sankara

Dans le cadre de l’ouverture du procès sur l’assassinat du président Thomas Sankara le 11 octobre 2021, Me Bénéwendé Sankara, l’un des avocats de la famille Sankara revient sur les circonstances dans lesquelles il a déposé la plainte. Il s’est prononcé dans une interview accordée à nos confrères du journal Le Reporter. L’interview disponible en intégralité sur www.reporterbf.net.

Le Reporter : Parlant du procès de l’affaire Thomas Sankara, programmé pour le 11 octobre prochain, qu’est-ce que cela vous inspire aujourd’hui, vous qui avez été le premier Avocat à assister la veuve Sankara et ses fils dans leur plainte en 1997 ?

Me Bénéwendé Sankara : (Soupirs !) Ce fut un combat titanesque. Aujourd’hui, parler du procès qui s’ouvre le 11 octobre, quelques heures avant l’heure fatidique et en guise de commémoration, 34 ans après l’assassinat du Président Thomas Sankara, ce procès, s’il doit s’ouvrir, m’oblige à avoir une pensée d’abord pour Me Dieudonné Nkounkou, qui n’est plus de ce monde. Me Dieudonné Nkounkou, c’est un confrère qui était à Montpellier, dans la même ville que Mariam Sankara. Il m’a amené à porter ce dossier avec d’autres confrères comme Me Jean Abessolo à Nîmes en France, le GRILA (Groupe de recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique), qui est un mouvement basé au Canada, dirigé par le Pr Aziz Fall, et bien d’autres. Beaucoup d’organisations de défense des droits humains comme SURVIE, Amnesty international, etc.

Je cite toutes ces bonnes volontés parce que c’était à une époque où Me Sankara tout seul, on allait très rapidement le passer à la casserole sans sel quoi. Mais j’étais vraiment bien entouré. Je n’ai pas vraiment hésité, et sans gangs, nous avons porté la procédure devant les juridictions burkinabè, 10 ans après l’assassinat de Thomas Sankara. C’était pour éviter que le dossier ne tombe dans la prescription. On était convaincu que le régime de Blaise Compaoré, avec ses juges aux ordres et acquis au régime, n’allait rien faire. Leur souhait était que le dossier soit définitivement enterré. J’ai porté donc la plainte de Me Dieudonné Nkounkou et j’ai engagé le combat contre le Procureur. Ce qui est paradoxal et même cynique, parce que quand il y a mort d’homme, c’est le Procureur qui poursuit ; on devrait ouvrir une enquête. Mais je me suis retrouvé face à un Procureur qui s’énervait parce qu’on a osé porter plainte pour assassinat. Alors, là, moi, j’ai commencé à avaler mon latin et tout le droit que j’ai appris. J’ai compris que dans ce dossier, les choses n’allaient pas être simples. La preuve est que quand le juge d’instruction a rendu une ordonnance d’informer, il a eu tous les problèmes du monde. Il avait contre lui le Parquet, le Procureur et toute la République. On a tenté de le broyer. Aujourd’hui, je crois qu’il a préféré rester dans l’anonymat. C’est aussi l’occasion de montrer l’importance d’un Avocat, l’importance d’un métier qui se veut libre et indépendant.

C’est au nom de cette liberté là que j’ai pu évoluer avec ce dossier. Chemin faisant, d’autres Avocats m’ont rejoint. Nous sommes maintenant assez nombreux dans le dossier pour faire respecter les droits de la défense mais respecter aussi les droits de l’Homme. Ceux qui sont poursuivis ont des Avocats pour les défendre. Les grands principes comme celui de l’innocence, celui d’avoir un Avocat, tout cela est garanti pour un procès équitable.

Pour moi, le 11 octobre c’est, si vous voulez, l’épilogue, un travail de toute une équipe qui connait son couronnement et je ne peux vraiment qu’en être fier ; et se féliciter de la résistance farouche que nous avons eue. Mais dans cette résistance, le mérite revient à Mariam Sankara et à la famille Sankara. C’est parce que cette famille ne s’est pas pliée que l’on parle de procès et de procédure. Rappelez-vous les tentatives de 2001 avec la Journée nationale de pardon où l’argent a circulé. On a tenté de corrompre dans l’ignominie totale des victimes pour leur demander de choisir entre l’argent et la justice. Il y a des familles qui ont craché sur cet argent pour dire qu’elles n’en veulent pas. Par exemple, la famille de Norbert Zongo a catégoriquement rejeté, la famille de Sankara a rejeté et bien d‘autres familles.

C’est pour cela, le triptyque de vérité, justice et réconciliation que le président du Faso a porté dans son programme nous permet aussi de mener cette marche vers la quête de la justice. Désormais, il revient aux juges de jouer leur partition en hommes intègres, libres et indépendants pour dire le droit et soulager ce peuple qui, pendant 34 ans, cherche à comprendre. Il s’agit aussi de soulager toute l’Afrique, parce que ce procès n’est même plus burkinabè. Il est africain et même mondial. Beaucoup d’Africains attendent ce procès.

Dans un contexte d’ailleurs qui sied avec ce qu’on constate dans le giron politique, notamment, de la sous-région. Nous avons tenté de jouer une partition. L’histoire jugera !

Pensez-vous que justice sera enfin rendue à la veuve et aux orphelins du Président Sankara, à ses frères et sœurs ainsi qu’à tous ses héritiers ?

Je le pense sincèrement. C’est vrai que dans un procès comme celui-là, il y aura toujours des non-dits. Mais ce qui est sûr et certain, au moins avec ce procès, il y aura un grand soulagement.

Interview à lire intégralement sur www.reporterbf.net.  

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