Mercenaires russes au Mali :  L’expérience centrafricaine, sous la loupe d’Alain Foka

Le journaliste camerounais Alain Foka a, dans une chronique en date du 8 octobre 2021 sur sa chaine YouTube, a retracé les faits qui ont mené à l’arrivée de mercenaires russes en Centrafrique depuis 2017. Ces derniers y sont allés en soutien aux forces de défense centrafricaines, dans le cadre de la lutte contre les groupes rebelles dans leur territoire national. Par cette chronique, le journaliste a dit vouloir éclairer l’opinion sur l’éventuelle arrivée des Russes dans le « chaudron malien » et sur les raisons de la « perte de terrain » par Paris dans son pré carré africain.

L’histoire du journaliste Alain Foka commence à partir de l’élection de Faustin Archange Touadera, actuel président de la République de Centrafrique (RCA). On se souvient que l’investiture de ce dernier a eu lieu le 30 mars 2016, avec la présence de personnalités dont Jean Yves Le Drian, à l’époque ministre des Affaires Etrangères français sous le pouvoir du président François Hollande. A cette occasion, Jean Yves Le Drian va annoncer la fin de l’opération français « Sangaris » pour la fin de l’année 2016. Notons que Sangaris a démarré en RCA à la date du 5 décembre 2021.

Un divorce sans crier gare

« Le nouveau chef d’Etat est surpris. On ne lui en a pas parlé. Il est sidéré. Comment va-t-il faire face aux nombreuses rebellions auxquelles il fait face ? En retirant ses troupes, il est évident qu’il ne va pas tenir longtemps. C’est un nouveau coup dur pour le pouvoir, surtout qu’en face, la rébellion gagne du terrain », reprend Alain Foka.

Dans la recherche de solution, Faustin Archange Touadera a atterri en France le 24 avril 2016 où il est reçu par le président François Hollande. Selon le  narrateur, le chef d’Etat centrafricain est parti demander à Hollande de maintenir absolument l’opération Sangaris. Sollicitation à laquelle le président français va marquer son accord.

« Sangaris demeurera en Centre-Afrique, je vous l’assure et nous ferons en sorte qu’il y ait pour aider les forces centrafricaines, le soutien indispensable et la présence de nos militaires pour vous accompagner dans la tâche d’encadrement de l’armée centrafricaine, qui est essentielle pour assurer la sécurité », dixit François Hollande dans une illustration insérée dans la vidéo d’Alain Foka.

Le coup de théâtre dans cet accord, c’est qu’après que le président Touadera soit rentré de sa visite à Paris, le ministre des Affaires étrangères français a annoncé le 13 mai 2016, la fin de l’opération Sangaris. Le même jour, le président François Hollande a rendu visite aux  troupes françaises en RCA, pour annoncer le « désengagement » militaire de la France dans ce pays. « Il le justifie par les trop nombreuses interventions des forces françaises  à l’extérieur : le Sahel, la Syrie, la Lybie etc. (…)  Terminé, fini, pas de bilan, pas de préparation, pas de remplacement, démerdez-vous », illustre le présentateur de l’émission « Le Débat africain »

Mais Faustin Archange Touadera n’a pas baissé les bras. Toujours dans la narration de Alain Foka, le président centrafricain a rendu visite « pour la dernière fois » à François Hollande le 21 mars 2017 et lui demande de lui fournir au moins de l’équipement pour son armée. « Une armée qui fait la risée de tous puisque pour s’entrainer, pour ses opérations, pour les simulations, ces hommes en tenue font les exercices avec des bâtons. Oui, ils utilisent des bâtons comme fusils. Leurs images entrain de mimer des bruits de coups de feu avec la bouche ont fait rire toute l’Afrique et le monde», rappelle Foka.

Pour stopper cette situation, le président Hollande promet 1500 armes à la RCA. Lorsque le président Emmanuel Macron arrive aux affaires en France, le président Faustin Archange Touadera s’organise pour être rapidement reçu par lui à l’Elysée, dès septembre 2017. Il veut qu’on lui donne les armes promises. Il les attend toujours. Le président Macron l’informe que les armes sont disponibles mais que leur livraison est  bloquée par la fédération de Russie qui a émis des réserves au Conseil de sécurité. 

Des armes saisies sur des lieux de conflit

Lors de la rencontre à Sotchi, le président Touadera apprend ensuite que la Russie ne fait qu’appliquer une jurisprudence veut que  des armes saisies sur un terrain de conflit soient détruites et non réutilisées.

« En gros, à cette occasion, le président Centrafricain découvre que les 1500 armes que la France voulait lui livrer étaient des armes qui avaient été saisies chez les Shebabs, les islamistes sanguinaires de Somalie. Bref des armes usagées qui ont déjà fait couler du sang. Au lieu de les détruire, on essayait de les refourguer, de les donner aux soldats centrafricains. Voilà pourquoi la Russie a mis son véto. Dans la conversation, Sergei Lavrov le ministre des affaires étrangères russe lui demande de combien d’armes il s’agit en fait. Touadéra lui dit « 1500 armes ».  Surpris par la faible quantité, par la ridicule quantité des armes, le ministre lui promet de lui en donner autant, 1500. Amusé, il téléphone alors à son président Vladimir Poutine qui finit même par décider qu’il va lui en donner le double, 3000 et des neuves », commente Alain Foka.

Mais un autre veto, cette fois de la France, viendra raccourcir la joie du président centrafricain. Le pays d’Emmanuel Macron dit qu’il est nécessaire, avant tout usage d’armes neuves, que les destinataires soient formés.  La Russie propose alors de mettre à disposition des instructeurs russes pour former les soldats centrafricains sur l’utilisation des armes neuves qu’elle met à sa disposition.

Des résultats en l’espace de 4 ans

La Russie entre ainsi officiellement en Centrafrique et les résultats ne tardent pas.  « Ce qui n’avait pu être fait en 8 ans va être obtenu en 4 ans avec entre autres le soutien de l’armée rwandaise en appui », commente le journaliste Alain Foka.

Des résultats qui n’ont pas obtenus non sans bavure, reconnait notre confrère.  « Surement, il y en a eu. Il y a eu de grosses bavures dans certaines zones de conflit. Les instructeurs russes qui combattaient sur le terrain avec les forces armées Centrafricaines n’ont pas toujours fait dans la dentèle. Ils sont brutaux. C’est à déplorer et à dénoncer, mais sur le terrain, il me souvient que cette violence existait déjà de la part de la rébellion », rappelle-t-il néanmoins.

Néanmoins, le président Archange Touadera est brocardé comme celui qui a comme signé un pacte avec le diable. Mais le journaliste Foka estime qu’il n’avait pas le choix.

« Le président Touadera a simplement eu une réaction humaine, patriotique sur ce coup. Son principal souci  et sa mission est de sauver son pays des rebelles qui débouchent de partout. C’est d’y ramener une certaine paix, car les multiples forces internationales qui se sont succédé ici n’ont pas brillé par leur efficacité. (…). En plus pourquoi les Centrafricains refuseraient l’aide des Russes ? Ils n’ont aucun contentieux qui les oppose. Is ne sont pas ennemis. Que les Russes veuillent faire des affaires en Afrique, c’est normal et ils ne le cachent d’ailleurs pas  », commente-t-il.

« Les choses sont claires »

Alain Foka ajoute qu’il s’agit qu’il s’agit « de conserver son influence. Ce qui se joue ici, c’est d’abord une question d’influence. Or la France dans ses errements a perdu de cette énorme influence qu’elle avait dans ce pays francophone ». 

« Les choses sont claires. Ils (les Russes, NDLR) viennent pour le business et ils ne parlent pas d’aide ou d’opération humanitaire. La Russie avance ses pions depuis plusieurs années sur le continent. Elle gagne des marchés en Afrique, sans tambour ni trompette,  sans donner de leçons. Elle vient faire du business et la jeunesse préfère cette approche de sincérité. Aux dirigeants et responsables africains d’être suffisamment jaloux des intérêts du peuple. D’être avertis, vigilants, pour ne pas se laisser berner comme cela a été le cas avec l’Europe pendant tant d’années», termine-t-il.

Synthèse de Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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