Fusion entre l’UNIR/PS et le MPS : “L’union fait la force” (Augustin Loada)

Le Mouvement du peuple pour le salut (MPS) de l’ancien Premier ministre Isaac Zida et l’Union pour la renaissance/Parti sankariste (UNIR/PS) de Me Bénéwendé Sankara,  ont lancé le processus de leur fusion. Quels sont les tenants et les aboutissants de cette décision ? Qu’est-ce qui a motivé le MPS à aller dans cette dynamique ? Réponses avec le président du parti, le Pr Augustin Loada, dans cette interview.

Le 04 août 2021, le MPS et l’UNIR/PS ont signé un protocole de fusion. Déjà, dites-nous ce qui explique votre absence à ce rendez-vous important pour le devenir de votre parti ?

Avant tout propos, permettez-moi de saluer la mémoire des soldats et des civils tombés lors des récentes attaques terroristes et présenter mes sincères condoléances à leurs familles. Pour revenir à votre question, c’est un déplacement lié à un motif impératif qui explique mon absence. Mais rassurez-vous, j’étais certes absent physiquement mais présent par l’esprit à cet évènement.

Comment est-ce que l’opinion publique doit-elle percevoir ce rapprochement entre le MPS et l’UNIR/PS ? Une fusion, une absorption ? Une alliance ? Dites-nous droit dans les yeux, quel est le meilleur concept qui illustre votre situation.

La dynamique qui a été enclenchée est censée aboutir à une fusion. C’est un processus qui est régi par la Charte des partis en son article 22 qui définit la fusion comme la création d’une structure nouvelle par absorption de partis déjà légalement constitués, lesquels perdent ainsi leur autonomie organisationnelle et sont considérés d’office comme dissous au profit de la nouvelle structure.

Fondamentalement et sans langue de bois, quels sont les mobiles et les tractations qui ont soutendu ce projet de fusion ? Volonté de mobiliser les partis de gauche et les partis Sankaristes ? Affaiblissement politique du MPS ? Injonction de votre Président d’honneur ?

Fondamentalement, c’est autour d’un Projet, d’une vision que cette décision commune a été prise d’aller vers la fusion. Nous avons la double conviction que l’union fait la force mais aussi que le contexte actuel dans notre pays nous impose de mieux structurer l’offre politique à destination de notre peuple.

Y’a-t-il une différence de fond dans ce mariage qui sera consacré entre les deux partis quand on sait qu’au Burkina des partis politiques se font et se défont au gré des humeurs de leurs premiers responsables ?

L’UNIR/PS a partagé avec nous sa longue et riche expérience en matière de rapprochement entre partis politiques et nous essayons d’en tirer des leçons pour le succès du processus que nous avons enclenché. Chaque parti a, conformément à ses propres règles, fait ce qu’il devait faire pour que le processus soit couronné de succès. Nous avons aussi compris que nous devons nous donner les moyens de réussir cette fusion, sachant que tout le monde n’a pas intérêt à ce qu’il en soit ainsi.

Quelle pourrait être la plus-value de ce nouvel attelage sur l’échiquier politique national ?

La plupart des Burkinabè se plaignent de la pléthore de partis, au point que certains en sont venus à souhaiter une réglementation plus sévère de la création des partis politiques. Dans cette même dynamique, les initiatives de regroupement de partis devraient être encouragées au lieu d’être combattues. Cela permettrait de clarifier davantage le champ partisan, de renforcer la qualité de l’offre politique. Cela dit, notre conviction profonde c’est que l’union fait la force, c’est que notre système de partis a besoin de davantage de clarté, de structuration parce que jusqu’ici depuis le retour au pluralisme politique en 1991 nous en sommes toujours à un système de parti dominant avec ses avantages mais aussi et surtout ses inconvénients. Notre souhait c’est d’amorcer, d’encourager ou d’amplifier une dynamique unitaire que beaucoup de personnes appellent de leurs vœux.

Que pensez-vous de l’affirmation selon laquelle la place des universitaires comme vous n’est pas dans l’arène politique mais plutôt dans les laboratoires des théories politiques ?

Je pense que c’est une affirmation gratuite, du même genre que celle qui consiste à affirmer que la place de la femme c’est dans le foyer ! Je ne vois pas d’antinomie à mener de front une carrière universitaire et politique pour un juriste politiste. Bien au contraire. La théorie et la pratique se nourrissent      mutuellement.

Que ce soit en Afrique ou en dehors du continent, la place des universitaires se trouve dans les      laboratoires et      aussi en dehors de leurs      laboratoires parce que ce sont des citoyens comme les autres qui ont le droit de prendre part à la gestion des affaires de la cité, conformément à la Constitution et aux divers instruments juridiques internationaux et régionaux des droits de l’homme.

D’ailleurs, rappelons que la vision de Thomas Sankara est que les intellectuels  se mêlent au reste du peuple pour vivre avec lui ses réalités et avoir le droit de jouir avec lui, des fruits de ses victoires. Les intellectuels ont le devoir d’investir la scène politique pour contribuer à la mieux assainir.

Revenons au nouveau parti qui sortira bientôt suite à cette fusion entre le MPS et l’UNIR/PS. Qu’apportera concrètement les militants du MPS à la dynamique sankariste entretenue par l’UNIR/PS ?

Le MPS est certes un jeune parti qui a à peine 2 ans d’expérience alors que l’UNIR/PS      est un parti beaucoup plus ancien. Mais la dynamique que nous avons amorcée est aussi un rendez-vous du donner et du recevoir. Le MPS a des ressources humaines, des compétences, des militants jeunes enthousiastes et conscients, qui ont soif de rupture. C’est sûr que l’UNIR/PS en a autant.

Mutualiser ces ressources rendra certainement plus solide la formation politique qui naîtra de la fusion.

Croyez-vous à la renaissance sankariste dans notre pays, au moment où les réalités sociales, économiques des populations sont plus que précaires du fait d’une gouvernance qui est loin d’être vertueuse mais qui consacre la suprématie des partis riches ?

Absolument ! Nous n’avons pas d’autre choix. Mais comme le dit l’Ecclésiaste, « il y a un temps pour tout “. Quand le temps des errements sera achevé, les Burkinabè re-découvriront      ce qu’ils ont regardé sans voir, à savoir que la révolution sankariste a montré la voie vers un autre développement possible qui s’appuie sur un certain nombre de principes. C’est une voie semée d’embûches mais si nous voulons vivre libres et dignes, il n’y a pas d’autre choix.

La révolution sankariste que nous avons vécue lorsque nous étions étudiant peut s’analyser comme une expérience de profonde transformation économique, sociale, culturelle et politique endogène. Nous devons sans doute contextualiser les choses aujourd’hui.

Mais il y a un certain nombre de principes tirés de cette expérience qui peuvent permettre de refonder l’éthique politique et la gouvernance au Burkina Faso.

Vous me permettrez de citer à cet égard, les principes comme “compter d’abord sur ses propres forces”, le refus de copier des « modèles » importés, la lutte sans concession contre la corruption, la gestion parcimonieuse des ressources, vivre selon ses propres moyens et consommer burkinabè, l’exemplarité des dirigeants, libérer la femme et en faire un acteur central du développement, donner la priorité à la satisfaction des besoins essentiels des masses populaires urbaines et rurales, protéger l’environnement et faire de l’Etat un instrument de transformation économique et sociale.

C’est aux partis politiques qui se réclament de Sankara de travailler à diffuser ces principes cardinaux, former et éduquer leurs militants dans ce sens et au-delà les citoyens de ce pays. Tôt ou tard, la greffe prendra !

Le Président Loada a-t-il un appel à lancer à ses militants ?

Soutenez      le mariage en cours de préparation !

Un dernier mot !

Merci pour votre attention !

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